jueves, 20 de octubre de 2016

Un Lohengrin plein de magie à Nantes Angers Opéra le 16 septembre 2016

Foto: Nantes Opera

Suzanne Daumann

« Ça bruit comme un murmure magique. » Ainsi commente le petit Nepomuk, le neveu du compositeur Adrian Leverkühn, héros du Dr Faustus de Thomas Mann, les histoires qu’on lui raconte. Et c’est ainsi que nous pourrions commenter la splendide représentation de ce Lohengrin en version concert. Dès l’ouverture, l’Orchestre National des Pays de la Loire, dirigé par Pascal Rophé, nous transporte dans un pays lointain. Wagner en version de concert, cela pourrait sembler osé, ses opéras étant un tantinet longuets. Il n’en est rien, au contraire : on comprend mieux cette histoire archi-romantique, archétypique, quand on n’est pas obligé de se demander le sens de tel ou tel objet sur scène, ou de tel ou tel choix de costumes. Ce soir, surtout, l’histoire est narrée de façon magistrale. Pascal Rophé dirige l’ONPL à mains nues, avec une intelligence qui pénètre et éclaire l’œuvre dans toutes ses dimensions. Il lui instille un souffle intense et permanent qui fait avancer l’histoire comme ce ruisseau qui bruit dans un murmure magique. Avec le grand effectif wagnérien et les deux chœurs, il garde la légèreté. Les tempi sont toujours justes  ; il prend ainsi le duo Ortrud – Telramund de l’Acte II avec une lenteur qui pourrait être lourde, mais en fait souligne toute la force dramatique de cette scène charnière. La distribution n’est pas en reste : la soprano Juliane Banse est splendide dans le rôle d’Elsa, rêveuse et éthérée avec sa voix qui reste douce et élégante dans les aigus les plus forts. Elsa, tout compte fait, est une adolescente qui rêve du prince charmant, se laisse charmer par le serpent qu’est Ortrud, et finalement rejette son prince charmant sur le lit nuptial. Ortrud, en revanche, est une femme, elle est LA femme. Catherine Hunold, remarquée déjà à Rennes dans ce rôle et que nous sommes heureux de retrouver ce soir, l’incarne avec brio et dans tous les sens du terme. Avec elle, Ortrud est une insoumise, une femme qui sait ce qu’elle veut et n’a pas peur d’assumer ses responsabilités. La mezzo-soprano, à l’instar de son personnage, n’a pas peur d’aller à la limite. Grande voix généreuse et ample, libre et naturelle, elle atteint facilement les graves et les aigus de son rôle ; avec son timbre d’or et de miel, elle sait aussi instiller une goutte de fiel dans les paroles de la sorcière quand il le faut. C’est grâce à elle que l’on comprend que le personnage protagoniste numéro un de l’histoire, c’est Ortrud. Elle n’est pas seulement la sorcière avide de pouvoir, cherchant à tout prix à s’emparer du duché de Brabant, elle est aussi une païenne qui prie les dieux germaniques et repousse l’avènement du christianisme, avec son symbole emblématique du Graal… Son époux, Friedrich von Telramund, n’est que sa marionnette, en fin de compte. Ici, il est interprété par le baryton anglais Robert Hayward. Timbre grave, jeu de scène intense – tous les deux nous font imaginer tout un monde autour d’eux. Le ténor allemand Daniel Kirch, remarqué déjà dans Die Tote Stadt ici même, est Lohengrin. Avec sa voix au timbre chaleureux, avec un peu de métal, il est un Lohengrin viril et valeureux, un preux chevalier bien comme il faut.  La basse élégante Jean Teitgen interprète le roi Heinrich avec dignité et une diction impeccable. Son héraut enfin est le baryton Philippe-Nicolas Martin, tout aussi élégant. Soirée wagnérienne envoûtante donc, qui se termine par des applaudissements à n’en plus finir et bien mérités. Bravi tutti, et merci ! 

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