lunes, 21 de noviembre de 2016

Entretien avec la soprano Catherine Hunold

Catherine Hunold (soprano)
Suzanne Daumann
J’ai pu rencontrer Catherine Hunold le lendemain de la Première de Lohengrin à Nantes pour une discussion autour d’un café au Lieu Unique.
SD : Merci, tout d’abord, pour votre temps !
CH : C’est un plaisir, j’aime les rencontres, communiquer...
SD : En effet, il a été facile de vous contacter via Facebook. J’ai l’impression que votre génération de chanteurs, grâce aux nouveaux médias, est très ouverte et accessible ?
CH : Oui, nous sommes beaucoup à ne plus avoir envie de rester enfermés dans le cliché du chanteur d’opéra. En fait, les divas d’aujourd’hui, ce sont plus les metteurs en scène. Ce sont eux qui ont une sorte de  pouvoir dans les maisons d’opéra. Et ce sont eux aussi qui s’attirent les foudres ou l’adoration des critiques.
SD : Ce qui nous pose tout de suite la question des critères de casting… On a souvent l’impression que des chanteurs sont engagés plus pour leur physique que pour leur voix.
CH : Oui, et curieusement ce sont aujourd’hui plus nos collègues hommes qui sont concernés. Ils devraient tous avoir un physique de stars d’Hollywood bodybuildés…
SD : Ces metteurs en scène demandent souvent aux chanteurs aussi de faire des actions assez difficiles, voire absurdes, tout en chantant.
CH : Personnellement, je peux accepter pas mal de choses, si toutefois on m’en a bien expliqué le sens. Et si ce n’est pas le cas, j’essaie d’y trouver un sens par moi-même. Rires
SD : Comment avez-vous décidé de devenir chanteuse ?
CH : Je chantais avant de parler. Mais comme je ne viens pas d’une famille de musiciens, ce n’était pas gagné d’avance. À l’âge de 10 ans, j’ai intégré la Maîtrise de Radio France. Par contre, il n’y avait pas de cours de chant du tout et là, ma mère a eu l’intelligence de me sortir de là, car nous étions très sollicités vocalement ce qui n'est pas bon pour une très jeune voix. Ensuite, j’ai intégré une autre  Maîtrise  puis pris mes premiers cours de chant. Mais après aussi, j'ai dû me battre, toutes les portes ne se sont pas ouvertes d’elles-mêmes, je me bats toujours d'ailleurs…
SD : Il y a beaucoup de concurrence, venue notamment des pays de l’Est… ?
CH : Il semblerait, oui…
SD : Revenons à Ortrud. Vous devez l’aimer pour l’habiter si totalement ? Elle est pourtant la méchante dans l’histoire.
CH : Oui, mais elle est tellement forte, tellement femme, elle est LA femme en quelque sorte. La femme qui fait peur aux hommes, la magicienne – c’est cela qui me plait chez elle. Et puis  sa musique est incroyablement belle aussi !
SD : L’allemand ne semble pas vous poser de problème ?
CH : Je ne le parle pas aussi bien que je voudrais et comme je parle par exemple l’italien. Je vis dans le sud de la France, près de la frontière italienne, et comme je suis très italophile, je m’y trouve très bien. C’est fascinant la différence entre les cultures musicales suivant les langues. Dans répertoire allemand, tout vient du texte. Pour l’italien par contre, tout est dans la ligne vocale, et pour le français, dans la couleur. Du coup, j’essaye d’intégrer ce goût français pour la coloration du texte dans mes interprétations wagnériennes tout en essayant de garder une ligne de chant à l'italienne comme le voulait Wagner.
SD : Ce Lohengrin en version de concert, comment cela s’est-il passé pour vous ?
CH : Le travail avec Pascal Rophé a été merveilleux. Il a su nous mettre en confiance, et sa façon de diriger l’orchestre, toute cette subtilité. Il en a fait quelque chose de vraiment extraordinaire, d’autant plus que c’était son premier Lohengrin ! Jean-Paul Davois, le directeur d’Anges Nantes Opéra, est venu à toutes les répétitions et mes collègues sont formidables. Donc, cela a donné une ambiance de famille, d'équipe où il est très plaisant de travailler.
SD : Justement, j’aime de plus en plus couvrir des événements dans les maisons de ce qu’on appelle province. J’y trouve beaucoup plus d’enthousiasme que par exemple à Paris.
CH : Oui, je suis bien d’accord. En province, justement, tout le monde participe à une production, avec les autres artistes sur scène se créent des liens, l’équipe artistique nous connaît tous, les directeurs sont souvent très présents. Et cela se ressent dans le travail musical, bien sur.
SD : Un autre sujet que les petites maisons prennent très au sérieux, c’est la démocratisation de l’opéra…
CH : Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire, « démocratisation »…
SD : À Rennes, ville d’étudiants, il y a par exemple des panneaux qui invitent les gens de « Venir comme ils sont ». L’idée est sans doute de désacraliser un peu la musique classique, alléger un peu tous ces codes qui effraient les gens…
CH : Oui, je conçois cela. Mais, aller à l’opéra, c’est aussi un moment hors du commun, un moment festif, et la préparation, devrait en faire partie en quelque sorte. Inviter les gens de venir en jeans et pull-over, c’est plus de la banalisation à mon avis.
SD : Démocratisation ou banalisation, c’est un long débat sémantique ; je ne crois pas que nous aurons le temps de résoudre la question ce matin.
Rires
CH : L’opéra est de nos jours une occasion de vivre un moment hors du temps, vrai et vibrant d’émotions !
SD : Je me suis aperçue récemment que cela est un peu vrai aussi pour un match de football…
CH : Rit Il y a de ça, mais quand on est tous là, chef, orchestre, chœur et solistes, à suivre une même partition, il en résulte quelque chose d’absolument unique, on est tous connectés, et le public avec nous, à la même source d’énergie. 
SD : Effectivement, il y a une différence ! – Quels sont les prochains projets maintenant, Catherine ?
CH : Tout d’abord, Ortrud en Corée du Sud !
SD : Toujours aussi contente de la chanter ?
CH : Oh oui ! Je suis en processus de création permanente. Mon interprétation n’est jamais figée, ainsi je peux m’adapter à tout moment à un changement dans l’orchestre. En fait, tiens, je suis en train de m’en rendre compte en ce moment, à force de discuter, c’est cette liberté qui me plait tant quand je suis sur scène et qui me permet de me couler vraiment dans la peau de mon personnage.
SD : Et c’est cela alors qui fait de vous une chanteuse tellement captivante !
CH : Merci !
SD : Et merci à vous pour votre temps ! 

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