miércoles, 1 de marzo de 2017

Entretien avec Damien Guillon, contre-ténor

Foto: Michel Garnier

Suzanne Daumann

SD :Bonjour, et avant tout merci de me recevoir. Damien Guillon, vous voulez bien me retracer votre chemin professionnel jusqu’à cette résidence à l’Opéra de Rennes ?

DG : Volontiers. Je suis, vous le savez peut-être, originaire de Rennes. J’ai donc commencé à chanter à la Maîtrise de Bretagne. À l’époque, le collège de l’Adoration proposait des horaires aménagés, si bien qu’on pouvait par exemple avoir une répétition entre un cours de math et un cours d’anglais… On avait aussi un concert pratiquement toutes les semaines. On a aussi participé à des concerts avec d’autres ensembles et aussi à des productions de l’Opéra de Rennes, j’ai par exemple chanté un des trois garçons dans la Flûte Enchantée.

SD : Et comment avez-vous eu l’idée d’intégrer la Maîtrise ?

DG : Ma mère chantait dans la chorale de l’église Notre Dame, et je venais souvent aux répétitions avec elle. Le chef de chœur trouvait que j’avais une jolie voix et m’a donc encouragé de tenter le concours d’entrée. En fait, j’ai toujours chanté, tout petit déjà, cela m’est tout à fait naturel.

SD : Il y a donc une audition pour intégrer une Maîtrise?

DG : Oui, cela se passe comme ça. Ensuite, après le bac, j’ai continué mes études au Centre de la Musique Baroque de Versailles. Là, c’était formidable, le Centre met à disposition des salles de répétition aux ensembles qui se produisent dans les spectacles, et nous, on avait droit d’assister à ces répétitions. J’ai ainsi pu voir travailler tous les grands chefs de musique ancienne, Hervé Niquet, Vincent Dumestre, Philippe Herreweghe.

SD : Vous aviez déjà trouvé votre voix de contre-ténor ? Comment cela s’est-il passé?

DG : Oui, j’ai eu une place d’alto. En fait, j’ai mué assez tôt, j’avais treize ans et j’étais justement en train de répéter pour la Flûte Enchantée. Il y avait un autre garçon qui a préparé le rôle, mais au final j’ai pu le chanter. Ensuite, j’ai continué à chanter avec le chœur de la Maîtrise, avec les barytons, mais j’avais gardé l’habitude d’utiliser assez facilement ma voix de tête et de chanter assez haut. Et le chef de chœur m’a entendu et il a trouvé qu’il y avait une voix d’alto à développer. J’ai donc intégré le Centre de Musique Baroque de Versailles en tant qu’alto.

SD : Cela n’est pas ouvert à tout le monde non plus, j’imagine, il doit y avoir des auditions d’entrée?

DG : Effectivement. En fait, il y a quinze étudiants sur trois années, et ce n’est que quand un étudiant sort, que se libère une autre place. L’année où je suis rentré, il n’y en avait qu’une… À Versailles, j’ai étudié le chant choral, mais aussi le travail de soliste ; la plupart des gens à Versailles deviennent choristes. Ensuite, j’ai étudié deux ans à la Schola Cantorum de Bâle, auprès d’Andreas Scholl, et à force de rencontres et par le bouche à oreille, j’ai eu mes premiers engagements de soliste et tout est parti comme ça.

SD : Et donc maintenant le Banquet Céleste. Comment est né cet ensemble ?

DG : La direction d’orchestre m’a toujours intéressé, et avoir mon propre ensemble, cela a toujours été un de mes rêves. Le Banquet Céleste s’est développé assez naturellement. Au fil des ans, j’ai rencontré suffisamment de musiciens qui m’ont dit de les appeler quand j’aurais besoin d’eux. On a commencé avec un tout petit effectif de musique de chambre, et récemment, on a fait notre premier opéra ici, Acis et Galathée de Händel, avec un effectif bien plus conséquent.

SD : C’est donc un ensemble assez variable?

DG : Oui, les musiciens sont tous free-lance, et selon les besoins du programme, j’appelle les musiciens dont j’ai besoin.

SD : Quand vous êtes ici, à l’Opéra de Rennes, et vous voyez l’Orchestre Symphonique de Bretagne qui répète ici, cela vous arrive d’être jaloux de leurs conditions de travail ?

DG : rires Oui et non… Bien sûr, cela doit être confortable, d’avoir une salle de répétition, un bureau administratif, une certaine sécurité matérielle. Mais nous sommes libres de décider de notre programme… Ce que je leur envie vraiment, c’est le temps de répétitions. Nous devons parfois restreindre nos répétitions, parce que cela serait tout simplement trop cher de faire venir tout l’ensemble pour trois jours avant une représentation. Souvent, nous devons nous contenter d’un petit raccord dans la salle avant le concert. Et il est vrai que nous sommes dans une certaine précarité financière, nous devons chaque année prouver notre droit d’exister en quelque sorte.

SD : La résidence ici, à l’Opéra de Rennes, justement, cela vous apporte un peu plus de confort?

DG : Oh, oui, pour nous c’est très précieux. Nous avons, pour la première fois, une maison pour ainsi dire. L’Opéra de Rennes met à notre disposition un bureau, des salles de répétition et, grâce à la résidence de l’ensemble Mélisme(s), nous avons pu créer ensemble un poste administratif, qui consiste en deux mi-temps. Et L’Opéra de Rennes programme aussi nos spectacles, bien sûr, et Alain Surrans nous est d’un précieux secours, il nous a ouvert bien des portes.

SD : Quels sont les prochains projets ?


DG : En février, nous allons enregistrer un CD avec des airs de Frescobaldi, des choses rarement entendues, en petit effectif, et à l’automne nous allons donner ici « Maddalena ai piedo di Cristo », de Caldara, et j’espère pouvoir l’enregistrer aussi. 

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