jueves, 26 de octubre de 2017

Maddalena ai piedi di Cristo de Caldara, un joyau peu connu à l’Opéra de Rennes par le Banquet Céleste

Le Banquet Celeste
Foto:Arnaud Chapisau

Suzanne Daumann

Écrit en 1698 sur un livret de Lodovico Forni, cet oratorio est axé sur le personnage de Marie-Madeleine, considérée comme la pécheresse ultime, et ses tourments aux pieds du Christ  lorsqu’elle doit décider du cours de sa future vie. Autour d’elle, nous avons un tourbillon de personnages qui s’adressent à elle ou s’apostrophent entre eux: L’Amour Terrestre et L’Amour Céleste essaient chacun de la persuader de suivre leur voie. Marthe abonde dans le sens de L’Amour Céleste, un pharisien s’étonne de la conversion à la vertu de la fille qui semblait perdue à jamais, et Jésus Christ en personne se réjouit d’accueillir la brebis égarée dans son troupeau, rappelant ainsi en passant le principe fondamental de sa doctrine: le pardon.  Les airs et récitatifs s’ensuivent comme un chapelet de perles de verre de Murano,  chaque intervention une petite merveille de perfection, pleine de vie et d’émotions. Ce soir à l’Opéra de Rennes, un cast merveilleux de chanteurs interprète magistralement cette oeuvre: la soprano Emmanuelle De Negri chante la partie clé de Maddalena avec une voix d’une douceur ample et charnelle, émouvante et convaincante. Dans un très beau contraste, la Marthe de Maïlys de Villoutreys est plus cristalline de ton, comme il sied à un personnage dont la pureté est irréprochable. Damien Guillon, contre-ténor, chante la partie de l’Amour Céleste tout en dirigeant, et si dans les récitatifs il peut sembler un peu crispé, il s’abandonne dans ses arias et laisse fuser toute la lumière de sa voix chaleureuse, rendant ainsi vivace et crédible l’idée de l’Amour Céleste. La mezzo-soprano Benedetta Mazzucato lui tient tête en tant qu’Amour Terrestre, un peu pétulante, un peu hardie, et tous les deux s’affrontent dans un jeu de scène minimaliste et convaincant. Le Banquet Céleste soutient les chanteurs avec un son doré et chaleureux; les interventions des solistes sont des merveilles d’attention et de délicatesse. Le pharisien de Riccardo Novaro est convaincant et presque ridicule de pudeur offusquée. Le ténor Reinoud van Mechelen, enfin, interprète Jesus Christ avec une voix chaude et pure, si bien que, qu’on soit chrétien ou non, on perçoit et comprend la notion selon laquelle Le Seigneur se réjouit davantage d’un pêcheur repenti que d’un vertueux bigot et mesquin. Il est étonnant de voir comment un sujet aussi théorique peut prendre vie dans des mains habiles, du librettiste en passant par le compositeur jusqu’aux interprètes. On sort dans la nuit, l’âme lavée et apaisée par les doux sons, et la tête pleine de questions. Et s’il en était ainsi?


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