jueves, 1 de enero de 2015

Die Frau ohne Schatten de Richard Strauss au Staatsoper de Munich

Foto: Bayerische Staatsoper 

Suzanne Daumann

Die Frau ohne Schatten, la femme sans ombre, c’est un conte de fées qui se déroule au pays des rêves, plein de symboles et de signes. C’est l’histoire de deux couples, de deux femmes surtout, qui doivent affronter des épreuves et voyages : l’une pour sauver l’homme qu’elle aime, l’autre pour trouver le chemin de sa vie. Dans sa mise en scène, Krzysztof Warlikowski prend le parti d’interpréter les difficultés de ces femmes comme des maladies dites hystériques : stérilité pour l’une, frigidité pour l’autre. Logiquement, il peuple l’univers de l’opéra de personnel et matériel médical. C’est un parti pris cohérent et honorable, basé sur l’univers intellectuel de l’époque de la création de l’œuvre. Cependant, beaucoup de scènes laissent ainsi un sentiment de manque, souvent la scénographie de Malgorzata Szczesniak semble arbitraire, incohérente et l’on n’arrive pas à saisir une ambiance de fond. Barak est devenu un simple patron de Lavomatic, alors qu’un teinturier est moitié alchimiste. Cela fonctionne bien mieux dans les scènes dans lesquelles l’élément du rêve a été réintroduit, quand des animaux peuplent la scène, quand des belles installations vidéo donnent une impression de flou, de flottement, en harmonie avec la musique. Kirill Petrenko réussit une fois de plus la quadrature du cercle : sa direction est dense, intense, tendue, tout en retrouvant, quand il faut, la tendre souplesse viennoise que demande la musique de Strauss. Le Bayrische Staatsorchester et ses solistes brillants lui font honneur, ainsi que l’excellente distribution. Ricarda Merbeth, soprano, est la femme sans ombre, la fée que l’Empereur a conquise lorsqu’elle lui apparut sous la forme d’une gazelle blanche. L’Empereur est interprété avec noblesse et humanité  par le ténor Robert Dean Smith, grande voix de Heldentenor. L’Impératrice aime son époux, il partage sa couche toutes les nuits. Cependant, elle ne conçoit pas son enfant, elle ne devient pas tout à fait humaine, elle n’a pas d’ombre. Or, son père, le puissant et invisible Keikobad, a stipulé que, si elle n’est pas enceinte au bout de dix mois, l’Empereur se transformera en pierre. Sa nourrice, interprétée par la fabuleuse mezzo Deborah Polaski, l’emmène alors au pays des humains, où elle connaît une femme qui pourrait lui céder son ombre. C’est de la femme du teinturier Barak qu’il s’agit. La soprano Elena Pankratova lui donne vie et sa voix splendide, agile ; elle saisit toutes les facettes de ce personnage particulièrement humain, cette femme à la recherche du sens de sa vie, de son mariage. Barak, son mari, est interprété par Wolfgang Koch, baryton-basse. Avec sa chaude voix de velours, il donne une profondeur intelligente à la tendresse humble de cet homme. Après maintes épreuves, les deux femmes trouvent le salut dans le renoncement à leurs desseins égoïstes et tout se termine bien. Applaudissements et bravos bien mérités pour tous !

No hay comentarios:

Publicar un comentario