domingo, 28 de enero de 2018

Carmen au Teatro del Maggio Musicale Fiorentino, Italie

Foto: Teatro del Maggio Fiorentino 

Suzanne Daumann

Il est bon, parfois, de se rappeler qu’une représentation d’opéra réussie à 100 pour cent relève du miracle; il est bon, parfois, de mettre en cause ses propres attentes, mȇme si on assiste pour la première fois à une représentation d’un opéra mythique dans un théâtre mythique. La nouvelle production de Carmen du Teatro del Maggio Musicale à Florence a réussi de faire „la une“ un peu partout, en sautant sur le train en marche du mouvement international qui s’insurge enfin contre la violence faite aux femmes. Cependant, la fumée de poudre des coups de feu du final, quand Carmen tire sur Don José, cachent le reste de la production, des jolies choréographies, des bonnes idées pas pensées jusqu’au bout, et un traitement musical qui laisse dubitatif. Le metteur en scène Leo Muscato a transféré l’action dans un présent mal défini, où la fabrique de tabac est remplacé par un campement de gitans, la place où chacun passe se trouve devant la clôture du camp, et les soldats sont des policiers modernes en combinaison noire, armés de matraques et armes à feu. Il est certes louable de vouloir attirer l’attention sur la situation de cette minorité ethnique en Europe, qui subit encore et toujours la mȇme persécution; le coup de projecteur la deuxième partie de l’ouverture, qui montre une razzia sur ce camp, est assez réussi. Par la suite, en revanche, le sujet passe au deuxième plan, et l’on se retrouve avec les clichés d’érotisme et de liberté hors-la-loi hérités tout droit du 19ème siècle. Carmen est la fille typique de son temps, une femme qui veut choisir librement son compagnon, quitte à assumer ses choix jusqu’au bout, et jusqu’à la mort. Justement, une femme libre, au 19ème siècle, finalement c’est inimaginable, donc elle doit mourir, tout comme Violetta Valéry, comme Mimi, ou encore Manon. Outrepasser cette pédagogie de peur et de soumission, c’est certes un but louable - mais est-ce vraiment lui rendre sa liberté que de faire de Carmen une meurtrière? Il aurait été plus cohérent de mettre un terme à l’histoire de Carmen et de Don José dès la fin de l’Acte 2, quand ils y sont en principe déjà prȇts eux-mȇmes… Bref, on reste perplexe devant tout cela. Bravo cependant pour les lumières de Alessandro Verazzi, et les costumes de Margherita Baldoni, qui contribuent grandement à la lisibilité de la mise en scène. Le côté musical aussi a ses inégalités. Le chef d’orchestre Ryan McAdams dirige avec un drive irrésistible et beaucoup de finesse, faisant étinceler les détails de la partition ciselée, et embrasant les danses de Carmen d’érotisme. Dans son enthousiasme, il a tendance à couvrir par moments les chanteurs qui peinent déjà un peu à se faire entendre. C’est du côté des dames, et surtout avec la Carmen de Marina Comparato, qu’on est en bonne compagnie. Elle est sensuelle à souhait, de voix et de geste, et la Micaëla de Valeria Sepe, soprano agile et irisée, est une belle contrepartie. Sergio Escobar dans le rôle de Don José est moins convaincant. Bien que doué d’une belle voix, il manque d’énergie ou de charisme ou d’expérience, bref, il manque de quelque chose. Burak Bilgili enfin aurait mieux fait de rester à la maison pour soigner sa voix plutôt que d’essayer de jouer Escamillo. C’était évident qu’il n’était pas en forme, et on se demande si c’est pour cette raison que la représentation avait l’air d’avancer au frein à main serré. Une soirée mitigée, somme toute, qui nous laisse perplexe, sur tous les plans. 

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