martes, 9 de octubre de 2012

Les deux veuves – Création française d’un opéra de Smetana à Angers


Foto: Jef Rabillon - Angers Nantes Opera
 
Suzanne Daumann
 
Smetana a écrit « Les Deux Veuves » en 1873-’74, et en voyant cet opéra plein de vitalité, d’ironie et de profondeur, on se demande comment il se fait que sa création française survienne seulement maintenant, au 21ème siècle, d’autant plus que le livret d’Emmanuel Züngel se base sur une pièce du Français Mallefille.  Si j’étais un peu plus féministe, ou encore portée sur les théories de conspiration, j’aurais bien une réponse : les personnages centraux en sont deux  femmes, deux veuves, une d’entre elles se déclare ouvertement très heureuse de sa condition de célibataire et nullement encline à renoncer à sa liberté pour se remarier. La production de Jo Davies est située dans les années suivant la Première Guerre mondiale. Une très belle installation vidéo par Andrezej Goulding montre, en suivant fidèlement l’ouverture de Smetana, de fiers aviateurs et de tragiques événements. Nous savons ainsi que les maris de Karolina et Anežka sont morts à la guerre. Nous ne savons pas cependant combien de temps s’est écoulé depuis, ni comment se sont entendus les couples du vivant des maris. Par contre, nous allons bientôt savoir comment les deux veuves s’accommodent de leur situation : le premier acte s’ouvre sur un magnifique salon style 19ème, avec pour meubles principaux un bureau, un sofa et une table à manger. Trois portes, du beau papier peint bleu orné de feuillages, une cage d’escalier hélicoïdal, voici le décor où se déroulera toute l’action. Sur le sofa, nous voyons une figure humaine, allongée, couverte d’un plaid. Les domestiques vont et viennent, en chantant leur joie de la fête de la moisson. Entre Karolina. Elle s’assied à la table et, tout en prenant son petit-déjeuner, chante sa joie de vivre en tant que maîtresse de sa maison, de son domaine et de ses serviteurs dont elle s’apprête à partager la fête. Lenka Macikova est splendide dans ce rôle, sa voix argentée de soprano, sa personnalité vivace font d’elle l’incarnation idéale de l’esprit ironique et espiègle de Karolina. La personne couverte sur le divan se révèle être Anežka, sa cousine. Elle est en noir car elle est encore en deuil de son mari. Ou pour le moins elle ne s’autorise pas la joie de vivre de Karolina. Sophie Angebault, soprano teinté de mélancolie dorée, transmet, ainsi que la musique de Smetana, l’impression que son affliction est peut-être autant due aux conventions qu’à ses propres émotions. Nous n’avons pas de temps pour de telles réflexions cependant. L’opéra de Smetana, tout en charme slave et polkas, est mené avec une verve presque diabolique par l’Orchestre National des Pays de la Loire, dirigé par Mark Shanahan. Et voici qu’arrive Mumlal, le gardien du parc, pour se plaindre d’un braconnier particulièrement impertinent. Je dois avouer que Mumlal est presque mon personnage préféré dans cet opéra. Quiconque aime l’Antonio des Noces mozartiennes, et se sent frustré de ne pas avoir eu droit à davantage des ses opinions et idées, sera comblé avec Mumlal. Ante Jerkunika l’interprète avec un joyeux abandon et une voix de basse souple et subtile au grondement  de velours.
 
Mumlal est la partie de basse du quatuor vocal (le ténor n’est pas loin !) et aussi la personnification de l’humour et de l’ironie qui sont si présents dans cette oeuvre. Karoline l’envoie capturer l’intrus qui vient bien docilement. Il s’agit en fait de Ladislav Podhàjský, un voisin et Karolina a vite compris qu’il rode dans les parages pour voir Anežka dont il est amoureux. C’est le jeune premier, l’amant romantique et bien sûr c’est le ténor. Aleš Briscein l’interprète avec une belle voix chaude et claire, en parfait équilibre sur la corde raide entre ironie et sincérité. Karolina a donc compris son manège et, en tant que maîtresse du domaine, le condamne à une amende et une journée de détention dans sa maison. Il se retire dans sa chambre et tous chantent une ode à l’amour. Dans le second acte, Karolina et Anežka sont en train de discuter de Ladislav Pohàjský. Anežka veut qu’il parte et Karolina veut qu’elle l’épouse. Ladislav finit par trouver Anežka seule, lui déclare son amour et la demande en mariage, mais elle refuse. Karolina emmène Ladislav au bal des domestiques et après quelques détours par malentendus et jalousies, Anežka et Ladislav seront enfin unis. Nous apprenons qu’Anežka était déjà amoureuse de Ladislav du vivant de son mari. Tout le monde se réjouit, et une polka énergique clôt allègrement la pièce. Applaudissement plus que mérités pour tous : Bedrich Smetana pour sa musique divertissante et amusante qui n’est jamais gratuite. De profonds sentiments sont juste sous la surface, jamais loin, mais à peine révélés. Amour et regrets filtrent à travers l’ironie du premier acte, comme la lumière du jour filtre à travers les portes-fenêtres (Simon Corder est responsable de la belle lumière).  Dans le deuxième acte, c’est plutôt l’envers, amour et désir sont partout, mais  toujours tempéré par de subtiles nuances d’esprit et d’ironie.  Applaudissements tonnants pour Angers Nantes Opéra, pour avoir rendue cette œuvre merveilleuse  à la vie et au public français. Puisse-t-elle voir maintes et maintes reprises partout et tout le temps  ! Bravos et remerciements aux solistes, chœur et orchestre, et à tous ceux qui ont contribué à une soirée mémorable !

 

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