viernes, 11 de enero de 2013

Il Cappello di Paglia di Firenze (Le Chapeau de Paille d’Italie) de Nino Rota à Angers Nantes Opéra

Suzanne Daumann
 
C’est la saison de Noël, c’est la saison des gourmandises : cette nouvelle production est un délice. Un peu comme on a pu le voir récemment dans « Les Deux Veuves » de Smetana (production de Anger Nantes Opéra également), un compositeur étranger s’empare d’une comédie française, y ajoute ses arômes nationaux et le résultat est délicieux : croustillant, piquant et doux à la fois. Les défis sont nombreux dans cette œuvre : la musique de Nino Rota (1911 – 1979), pleine d’entrain, très divertissante, appartient en même temps au XXème siècle et aux traditions de l’opéra italien. Elle utilise un bel canto auto ironique, qui ne perd rien de son charme pour autant.  Pour qu’une comédie fonctionne, le tempo est essentiel, et cette musique avance à un tempo à perdre l’haleine. L’Orchestre National des Pays de la Loire, sous la baguette de Giuseppe Grazioli, tient ce tempo tout en mettant en relief  les détails charmants et drôles de la partition, et les chanteurs tiennent parfaitement sur la corde raide entre ironie et sentiment. La mise en scène (Patrice Caurier et Moshe Leiser) situe l’action dans l’époque de son origine, les années 1850 donc. De nos jours, il faut saluer le courage de présenter une mise en scène, des décors et costumes qui n’ont d’autre prétention que de servir l’œuvre. Christian Fenouillat a ce courage: intérieurs bourgeois tout biedermeier, une place de Paris plus parisienne que Paris, et un atelier de chapelier plein de boîtes différentes, on dirait une maison de poupée, c’est très beau et cela suffit. Quant aux costumes, maquillages et coiffures d’Agostino Cavalca, ils sont dans la même veine :  crinolines, chapeaux haut de forme, redingotes… Mais, mais, mais – ses personnages ne sont pas tout à fait dignifiés. Chacun porte un petit faux nez retroussé, un peu absurde, un peu touchant, et ces messieurs doublent d’importance à force de coussins et faux culs.  En plus de costumes et nez absurdes, toute la distribution dispose d’un dynamisme dramatique et musical à toute épreuve.  Philippe Talbot, ténor, campe un Fadinard admirable. En plus d’un timbre clair, généreux et ample, que l’on voudrait aussi entendre dans Rossini, Donizetti ou Offenbach, il dispose du sens de la comédie, il prend des coups, s’étale par terre, se relève, chante vite fait un duo d’amour et continue sa quête du chapeau de paille…  Fadinard, donc, est sur le point de se marier. L’oncle de la mariée, Vézinet (Beau Palmer, dont le comique fait presque oublier sa chaude voix de baryton) apporte en cadeau pour celle-ci un chapeau de paille d’Italie. Le domestique le range dans la chambre, et de ce petit geste met la mécanique en route. Fadinard rentre et raconte à l’oncle comment son cheval a mangé le chapeau d’une dame, ce qui lui a attiré les ires de ladite dame et son cavalier. Arrivent justement ces deux-là, très en colère, car, sans son chapeau, elle ne peut pas retourner chez elle, son mari la soupçonnerait d’avoir un amant. Fandinard envoie son domestique acheter un nouveau chapeau. Les amants se cachent, car maintenant arrive la mariée, Elena, interprétée par Hendrickje van Kerckhove, soprano au timbre argentin et innocent, véritable héroïne d’opéra italien. Elle est suspendue au bras de son père, le redoutable Nonancourt, qui déclare toutes les cinq minutes que tout est fini. Peter Kalman, baryton lisse et puissant, le chante avec autorité et un peu de ridicule. Ils sont suivis du cortège d’invités qui va semer la pagaille tout au long de l’histoire.  Lorsque le domestique revient bredouille, l’irascible Emilio, l’amant de la dame au chapeau, menace Fadinard de l’appeler au duel, et/ou de saccager l’appartement. Fadinard part alors lui-même à la poursuite de ce maudit chapeau.  Chez la modiste, il apprend qu’elle vient d’un vendre un semblable à la Baronne de Champigny.  

Fadinard se rend chez celle-ci. La Baronne de Champigny prépare un dîner pour honorer le célèbre violoniste Minardi. Elena Zilio, mezzo-soprano et grande dame à la voix profonde et riche, incarne cette groupie de l’Italie et ses artistes avec verve et un zeste de compassion. On soupire avec elle « ah oui, Florence, son soleil, ses chapeaux », et l’on se dit en riant « tiens, on se moquait de la ménagère de 45 à 55 ans déjà du temps de Labiche », mais avant de pouvoir y réfléchir, le joyeux cortège de Fadinard, mené par Nonancourt, est arrivé chez la Baronne, et y sème la confusion, tandis que Fadinard court chez Beaupertuis. Le vieux bonhomme (Claudio Otelli)  prend un bain de pieds et se lamente de l’absence de sa femme. Celle-ci est sortie ce matin, pour aller chez sa cousine, et n’est toujours pas de retour. Fadinard n’a rien à faire de la femme de Beaupertuis, il a besoin d’un chapeau de paille, et il le veut maintenant, et que ça saute ! Pas de chapeau chez Beaupertuis non plus, en revanche une joyeuse compagnie de noces, qui, sous l’influence du champagne de la Baronne de Champigny, prend la maison de Beaupertuis pour celle de Fadinard, et entreprend de mettre la mariée dans son lit nuptial. Et l’on s’amuse des frasques de Nonancourt et Beaupertuis, qui s’échangent leurs chaussures, et l’on plaint un peu la petite vierge  dans son trouble face aux devoirs conjugaux (tiens, encore une histoire de pied ?). Cependant Beaupertuis vient de comprendre que la femme sans chapeau dont lui parle Fadinard, n’est autre que sa propre épouse. Il jure de la tuer et part en courant, Fadinard à ses trousses qui veut empêcher le pire.  La noce se perd dans les rues de Paris, se fait arrêter par la police, Beaupertuis est sur le point de tuer sa femme, tout semble perdu… Mais abracadabra : l’oncle Vézinet retrouve son chapeau, Fadinard en coiffe la femme de Beaupertuis, celui-ci doit comprendre qu’elle lui a été toujours fidèle. Et tout rentre dans l’ordre : Beaupertuis emmène sa femme, qui fait un dernier adieu à son amant et l’on se demande en passant ce qui va en advenir de ceux-là. Et voici le vrai happy-end :  Fadinard remercie et congédie la compagnie de noces, lui et Elena peuvent enfin goûter aux plaisirs de l’amour. Le rideau descend sur une jolie silhouette : on voit les amoureux dans une fenêtre éclairée, et on leur souhaite leur lit aussi chaud et doux que cette lumière (lumières : Christophe Forey) et que la valse lente qui conclut l’opéra. Délectable soirée donc et en sortant, l’on se réjouit de la présence des nombreux collégiens, visiblement excités et enthousiastes. Mais oui, cette pièce a tant de niveaux de lecture, ils auront certainement trouvé le leur. On a le sens du partage, ici à Angers !


 


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