lunes, 15 de febrero de 2016

Limpide et profond : Damien Guillon dirige « Acis et Galatée » de Händel à l’Opéra de Rennes

Foto: Suzanne Daumann
Suzanne Daumann

Au cours de sa saison merveilleusement variée, l’Opéra de Rennes a invité les 11 et 12 février Damien Guillon et son Banquet Céleste pour une soirée baroque des plus ravissantes. L’opéra raconte les amours du berger Acis et la nymphe Galatée. Pour leur malheur, le cyclope Polyphemus a aussi jeté son dévolu sur Galatée, et dans un excès de rage et jalousie, écrase Acis sous un rocher. Devant les prières de la nymphe, les dieux transforment le berger en fleuve, et le rendent ainsi immortel. La partition de Händel est limpide et profonde, entraînante et variée comme ce fleuve, et les artistes lui rendent amplement justice, en faisant sortir chaque nuance comme l’on voit briller les cailloux au fond d’une rivière. Damien Guillon dirige le Banquet Céleste avec une précision mathématique empreinte de passion et délicatesse. Comme nous avons affaire à une version de concert ce soir, nulle mise en scène pompeuse et baroque, ou ramené au présent de force, vient troubler notre concentration sur la musique. Un jeu de scène discret, un narrateur, Olivier Dutilloy, qui introduit chaque acte en relatant son contenu avec une diction naturelle et claire, et la diction parfaite des chanteurs, il n’en faut pas plus pour comprendre la simple intrigue. Katherine Crompton, soprano, est touchante et charmante dans le rôle de Galathée, et avec sa voix claire et cristalline sait saisir toutes les nuances de la partition. Le ténor Cyril Auvity lui donne la réplique. Il chante avec naturel et une aisance innocente au timbré doré qui sied parfaitement à son personnage champêtre. Edward Grint, barytone à la voix puissante et chaude au timbre clair, est Polyphemus, avec un air d’innocence, un peu comique, un peu dépassé. Le ténor Patrice Kilbride est Damon, l’ami et conseiller d’Acis, et la mezzo-soprano Emilie Nicot prend le rôle de Coridon. Un petit miracle se produit quand toutes ces voix se mêlent dans le chœur, et la plainte « The gentle Acis is no more » est sublime. Une soirée charmante donc, une bouffée d’air frais, une dose de simplicité dans une période compliquée, qu’on quitte en se promettant de relire Ovide, presto presto. 

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