sábado, 18 de junio de 2016

Plein de joie et de charme: La Finta Giardiniera de Mozart à Rennes France

©Laurent Guizard

Suzanne Daumann

C’est dans la joie et la bonne humeur que se termine la saison 2015/2016 de l’Opéra de Rennes : La Finta Giardiniera, œuvre de jeunesse de Mozart, est une comédie légère qui ne prend rien au sérieux, surtout pas elle-même. Enfin, presque… Ce n’est pas encore le compositeur du Don Giovanni, mais c’est certainement déjà Mozart. Tout y est, les scènes d’ensemble, l’instrumentation aux dimensions multiples avec ce maniement merveilleux des vents ; il y a une espèce de proto-Cherubino, et le sens du théâtre et de la dramaturgie qui nous donnera plus tard les chefs d’œuvre tant aimés. Le livret, quelque peu invraisemblable, repose sur l’hypothèse qu’une femme puisse continuer à aimer un homme qui a essayé de la tuer. Cette femme, Violanta, se réfugie  sur le domaine du podestat Don Anchise, accompagnée de son serviteur fidèle, Roberto, qui prendra le pseudonyme de Nardo. Violanta s’appelle désormais Sandrina et a rejoint les rangs des jardiniers du podestat. Or, celui-ci est amoureux d’elle et veut l’épouser. Une autre jolie jardinière, Serpetta, veut quant à elle épouser le podestat, mais Nardo la poursuit de son côté. Un dénommé Don Ramiro traîne aussi dans les parages et tombe amoureux de la nièce du podestat qui doit cependant épouser le comte Belfiore, qui est nul autre que l’homme qui a failli tuer Violanta/Sandrina. Déclarations, quiproquos, apparitions, découvertes – tout le matériel de la comédie est au rendez-vous. Cependant, Mozart ne serait pas Mozart si la musique ne livrait pas un aperçu du côté obscur de tout cela. Antony Hermus et l’Orchestre Symphonique de Bretagne mettent en lumière maint détail et font avancer l’intrigue avec entrain, dans le respect des chanteurs. La mise en scène de David Lescot traite les faiblesses du livret avec indulgence et ironie, et fait la part belle à la musique. Chaque mouvement de scène découle ainsi d’un mouvement musical. La distribution, excellente autant pour le chant que pour le jeu d’acteurs, n’est pas en reste. Habillés en différentes nuances et styles de blanc, ils évoluent dans un décor minimaliste et mouvementé : devant un panneau gris d’arrière-plan, deux jolis jardiniers font des allers-retours et échangent arbres en bacs contre fleurs en pot. Tous tiennent impeccablement sur la corde raide entre désinvolture et implication dans leur personnage et l’on sent la jubilation avec laquelle, par exemple, la soprano Marie-Adeline Henry dans le rôle de la violente Armida décapite tournesol après tournesol tout en chantant remarquablement un air de colère. Remarquable aussi Sofia Michedlishvili dans le rôle de Sandrina/Violanta : soprano à la voix douce, claire et cristalline, elle est l’innocence incarnée dans une petite robe de campagne et des bottes de caoutchouc jaunes. Sa cavatine « Geme la tortorella » avec ses douces coloratures va droit au cœur, pour ne citer que ce moment. Son Belfiore est incarné par le ténor Carlos Natale. Vocalement et physiquement agile, il joue la double comédie : ses déclarations face à Arminda sont sirupeuses et ironiques à souhait, seul face à Sandrina, il devient sincère. La soprano Maria Savastano est Serpetta, cette jardinière qui déclare sans vergogne qu’elle veut épouser le podestat. Elle aussi s’en donne à cœur joie, ravit et amuse. Don Anchise est joué par le ténor Gregory Bonfatti avec un brin d’auto-ironie, débonnaire et dépassé. Marc Scoffoni, baryton, campe un Nardo infatigable, convaincant et la mezzo-soprano Marie-Claude Chappuis, à la voix chaude et ample, est merveilleuse dans le rôle travesti de Don Ramiro. Tous dansent, chantent, courent, toujours mus par la musique et l’on s’amuse ferme quand des sécateurs de jardin deviennent des guitares électriques, ou des raquettes de badminton des microphones. C’est vers la dernière partie que l’ambiance change : le panneau d’arrière-plan s’abat soudainement sur la scène, se déplie et révèle une forêt nocturne, avec un ciel bleu foncé, lune et étoiles, un vrai décor de rêve. Face  à la nature, leur nature, face à des forces incontrôlables, les personnages deviennent des personnes, dans le noir des couples se forment, font fausse route – à l’arrivée de la lumière, tous se rendent compte qu’ils se sont trompés de partenaire. On rectifie le tir et Violanta est réunie avec Belfiore, Serpetta se décide enfin à épouser Nardo, et quant à Don Ramiro et Arminda, ils se sont déjà mariés, ni vu ni connu. Seul le podestat Don Anchise reste seul et accepte cela de bonne grâce. Tout cela est mozartien au plus haut degré, léger, amusant, tout en vérités sur la nature humaine. Les applaudissements chaleureux sont amplement mérités, et l’on quitte l’Opéra de Rennes, ravi une fois de plus de savoir que le public de « province » a accès à de si merveilleux spectacles. 

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