jueves, 19 de diciembre de 2013

Allegrissimo Vivace – My Fair Lady au Théâtre du Châtelet, Paris

Foto: Théâtre du Châtelet
 
Suzanne Daumann
 
Saison de fin d’année, saison de fêtes : Cette production de My Fair Lady, reprise trois ans après sa création en 2010, est une fête joyeusement réussie. Elle n’est pourtant pas sans épines, cette histoire :  la pauvre vendeuse de fleurs apprend à parler l’anglais de la haute société et par là se coupe de ses racines sociales. C’est seulement l’amour de son professeur Higgins qui lui donne une nouvelle place dans la vie. Il serait d’autant plus tentant d’imaginer la suite que George Bernard Shaw n’avait pas prévu une telle fin pour la pièce originale. Et le père de l’héroïne, un joyeux luron, véritable poète et philosophe de la vie nocturne, se trouve happé par la bourgeoisie et pris dans les filets du mariage. Les décors élégamment sobres de Tim Hatley laissent la part belle aux costumes parfois joyeusement et judicieusement exagérés d’Anthony Powell : la robe d’Eliza dans la scène d’Ascot est une joie en elle-même ; les contrastes entre les couleurs des dames et le gris des messieurs dans la Gavotte d’Ascot, de concert avec la chorégraphie, donnent envie de pleurer de joie, tellement c’est au point et va parfaitement avec le jeu de l’orchestre. Jayce Ogren dirige l’Orchestre Pasdeloup avec un drive irrésistible, tout en soulignant les finesses allègres de la partition et donne une solide fondation rythmique aux merveilleuses chorégraphies de Lynne Page. Que ce soit les scènes avec la population de Covent Garden – surtout le turbulent enterrement de la vie de garçon d’Alfred P. Doolittle au second acte, qui donne simplement envie de participer, ou bien  la Gavotte d’Ascot, qui accentue parfaitement le faux pas d’Eliza : tout dans cette production s’accorde parfaitement. Une distribution stellaire brille de mille feux spirituels : Katherine Manley, soprano, incarne Eliza Doolittle. Il faut admirer la façon dont elle adapte son chant à l’occasion et laisse seulement transparaître parfois ses grandes possibilités vocales. Dans les faits, elle donne force et sensibilité à Eliza, que ce soit dans le chant ou dans le jeu d’acteur. Il en va de même pour Ed Lyons, ténor, qui tient le rôle de Freddy Ainsford-Hill. À l’entendre chanter « On the Street Where You Live », l’on se prend à lui souhaiter un plus grand rôle ; cependant il maîtrise aussi impeccablement le jeu parlé. Alex Jennings est un Professeur Higgins bien comme il faut, bourru et aimable malgré lui, aux bonnes manières s’il veut bien se donner la peine de les montrer, au cœur sensible, et passionné de sa science. Donald Maxwell, baryton, joue, chante et danse le tragi-comique Alfred P. Doolittle quitte à éclipser Stanley Holloway. C’est peut-être là la magie de cette production : La mise en scène de Robert Carsen respecte la production de Broadway des années 50 et le film classique, tout en donnant une énergie toute fraîche et nouvelle à la sienne. Et l’on assiste à un spectacle plein de verve et rythme, que le public applaudit  debout, et l’on sort en chantonnant, certain que la vie est, après tout, une belle idée.

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