domingo, 8 de diciembre de 2013

Dialogues des Carmélites de Poulenc à Angers Nantes Opéra

Foto copyright: Jef Rabillon
 
Suzanne Daumann
À une époque où les grandes œuvres religieuses de la musique occidentale sont devenus des divertissements musicaux, il n’est pas vraiment surprenant que la grande expérience spirituelle, la réflexion sur vie et mort et sens de la vie, nous vienne d’un opéra.  Dans Dialogues des Carmélites, ni amours et jalousies, ni gloires et combats pour la patrie. Son héroïne est une jeune fille peureuse, Blanche de la Force. Pour échapper à sa peur maladive de la vie et des gens, elle rentre au Carmel de Compiègne. Lorsque, à la Révolution, ses sœurs Carmélites sont condamnées à la guillotine, elle finit par vaincre sa peur, et les rejoint au dernier moment pour les suivre dans la mort.  Pour cette nouvelle co-production d’Angers Nantes Opéra et l’Opéra de Bordeaux, Mireille Delunsch signe la mise en scène. Elle situe l’histoire à sa propre place dans l’histoire, avec de très beaux décors, accessoires et costumes (Rudy Sabounghi) classiques et parlants : grandes glaces quelque peu ternies et candélabres pour la maison des De La Force, table de réfectoire, fers à repasser et serpillières pour le Carmel, où la table de réfectoire deviendra aussi le lit de mort de la Supérieure. Un jeu de lumières splendide (Dominique Borrini) complète et souligne leurs intentions. Quand des chanteurs assument des mises en scène, on est sûr que leurs collègues sur scène seront traités avec respect, et ne seront pas soumis à des situations hasardeuses pour le chant. C’est bien le cas ici et c’est très bien ainsi. La musique riche et profonde et profondément religieuse de Francis Poulenc est merveilleusement interprétée par l’Orchestre National des Pays de la Loire, sous la baguette de Jacques Lacombe, tout en détails et nuances et couleurs. On suit ainsi aisément ces dialogues compliqués.  Blanche de la Force est admirablement interprétée par Anne-Catherine Gillet, soprano. Sa voix légère et pleine s’élève sans effort dans ces aigus soudains si périlleux dont l’œuvre abonde, et transmet toute la profondeur des sentiments de son personnage. Admirable également la Sœur Constance de Sophie Junker, soprano agile et spirituelle. Stanislas de Barbeyrac, ténor, campe un Chevalier de la Force convaincant, entre tendresse fraternelle et rigueur combative. Doris Lamprecht, mezzo-soprano, joue l’agonie de la Supérieure avec tant d’abandon que, par moments elle semble y laisser sa voix ; et Hedwig Fassbaender, mezzo-soprano chaleureuse, est une  Mère Marie attachée et attachante. Pour le grand final, le martyre des Carmélites sous la guillotine, Mireille Delunsch a choisi de montrer celle-ci en entier, avant de la faire pousser sur le bord de la scène. Les filles disparaissent dans les coulisses, on entend le coup de couperet, et, rythmé par l’inexorable approche de la mort, la file des Carmélites s’avance, leur chant devient de plus en plus mince, Blanche apparaît, les suit, jusqu’au coup final. Quelques mesures orchestrales encore pour atténuer le choc, c’est le rideau, et les applaudissements sont bien mérités.  Et l’on sort, quelque peu ébranlé et plus riche d’une experience.

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