domingo, 8 de diciembre de 2013

Un Orlando de Händel enchanteur à l’Opéra de Rennes

Foto: Opéra de Rennes
 
Suzanne Daumann
 
Pour la mise en scène de cette co-production, Eric Vigner fait abstraction de toute opulence baroque, sa scénographie est simple, les jeux de scène élaborés et musicaux, et le tout fonctionne à merveille. L’histoire est simple, elle parle d’émotions simples et profondes, et cette mise en scène permet simplement à la musique d’atteindre le spectateur en plein cœur.  La princesse Angelica et le chevalier Medoro s’aiment, mais Dorinda, la jolie bergère aime aussi Medoro, et le chevalier Orlando aime Angelica – à la folie. Cependant, le sage mage Zoroastro trouve qu’Orlando devrait poursuivre la gloire et non la princesse. Mais  Orlando insiste, cherche l’amour et trouve la folie (dont le guérit, in extremis, Zoroastro, pour assurer un « happy-end »).  Une distribution formidable joue et chante cette histoire sur une scène quasiment nue. Quelques rideaux de perles symbolisent forêts, feux et vagues, quelques panneaux de bois les arbres de la forêt… Deux étranges personnages muets, jeunes acteurs en jeans et veste de cuir, beaux gosses à l’air un tantinet voyou, manifestement des jumeaux (Grégoire et Sébastien Camuzet),  symbolisent tour à tour combats, forces de la nature, furies et sont les hommes de main de Zoroastro. Leurs mouvements de scène découlent de la musique, sont souples, sont  danse, ne dérangent jamais, mais au contraire illustrent très bien les propos des protagonistes.  Les costumes des chanteurs indiquent clairement les personnages : costume cravate vaguement hors du temps et épée pour les chevaliers ; robe en soie beige pour la princesse ; petite robe avec corsage pour la bergère, et veste de cuir et casquette pour Zoroastro qui fait penser à un conducteur de locomotive, ou bien un metteur en scène russe. Angelica est incarnée par Adriana Kucerova, soprano, à la voix généreuse et claire, qui maîtrise à merveille toutes les fioritures du bel canto baroque, et donne vie aux émotions compliquées de son personnage, tiraillé entre amour, culpabilité et regrets.  Kristina Hammarström, mezzo-soprano, voix de miel pleine de tendresse, est un Medoro attachant qui regrette sincèrement de devoir faire de la peine à Dorinda pour vivre pleinement son amour pour Angelica. David DQ Lee, contre-ténor, nous emmène sur le chemin de la folie, crédible et présent dans chaque scène, époustouflant dans la scène de la folie, d’autant plus qu’on sent qu’il combat la fatigue des représentations passés.  Si sa voix semble un peu terne au début, elle est néanmoins à la hauteur quand il le faut.  Cette scène de la folie est un exemple merveilleux d’une production réussie – chanteurs, mise en scène, orchestre, se réunissent ici pour former un pont par lequel le spectateur entre directement dans le cœur des personnages, les lumières jettent un rai de folie jusque dans la salle, et l’on entre dans une espèce de transe.  Sunhae Im, soprano, avec sa voix cristalline et flûtée, incarne parfaitement la petite bergère éplorée, et Luigi de Donato, basse, est un Zoroastro autoritaire et bienveillant. Les chanteurs sont portés par l’excellent Ensemble Matheus, essentiellement en cordes somptueuses et nuancés, clavecin clair et résonnant et quelques interventions de vents tellement à propos qu’on aurait pu ne pas les remarquer. Jean-Christophe Spinosi donne vitalité et tension dramatique à la partition aussi et surtout dans les moments qui auraient pu être franchement ennuyeux.  Et quand la troupe, applaudie chaleureusement par un public enchanté, reprend le chœur final et esquisse quelques pas de danse, la soirée se termine dans une ambiance de fête.

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