jueves, 23 de febrero de 2012

Renée Fleming - Ariadne auf Naxos en Baden Baden

Foto: Andrea Kremper -Baden Baden Festpielhaus

Nicolas G. Philipp

ARIADNE AUF NAXOS RICHARD STRAUSS. BADEN BADEN, FESTPSIELHAUS. 18 FEVIER 2012 (Encore 25 FEVRIER)

Mais qu’attendait celle qui fut une mémorable Maréchale, une Arabella, une aristocratique Contesse de Capriccio ou encore une interprète touchante des «quatre derniers Lieder», pour se lancer dans le rôle soutenu et nuancé de la belle Ariane laissée seule sur son île, désespérée, attendant son amoureux Thésée? A l’entendre l’autre soir lors de la première à Baden-Baden, tout porte à croire que la vocalité requise pour le rôle convient parfaitement au tempérament et au talent de la belle Américaine. Assister à une prise de rôle de Renée Fleming est un privilège. Dans le cadre enchanteur de cette ville d’eau, le festival le plus huppé de l’hiver, offrait enfin l’opportunité de combler cette lacune. Autour de Renée Fleming, une équipe de chanteurs de premier plan se succède. Même les plus petits rôles sont tenus par des voix pleines de promesse. Epinglons David Jerusalem en Perückenmacher, ou le Lakai de Roman Grübner, voix superbes, excellents acteurs, projection impeccable.  Dans le prologue, Sophie Koch négocie d’une main de fer cette partition qui demande une mezzo-soprano aux aigus brillants et au caractère masculin (longue ovation).

Son maître de musique, Eike Wil Schulte offre à entendre des passages à la diction parfaite, rendant un personnage crédible, porté par une voix restée jeune et fraîche. Le vétéran René Kollo, avec son timbre de vaillant ténor qui n’a rien perdu de sa clarté, tient les ficelles de ce prologue disant le rôle du Haushofmeister avec intelligence, et imposant sa présence d’emblée. Seule déception, le Tanzmeister de Christian Baumgärtel, qui bouge bien mais est limité par une voix sans focus et dont le volume sonore est marqué par un manque de brillance. Pour sortir Ariane de sa torpeur, le Bacchus de Robert Dean Smith lance dès son apparition ses appels à Circe avec conviction et vaillance. Réel crescendo jusqu’aux derniers moments, sa prestation est digne de louanges. Il est secondé par trois sensibles nymphes (petite déception par les aigus légèrement trop ouverts de la soprano Christina Landshammer). Mentionnons la prestation brillante, tout en finesse, de Jane Archibalb, Zerbinneta à la voix limpide, au jeu varié, au physique avenant. Elle se joue de toutes les difficultés du rôle avec une impertinence à faire pâlir toutes les sopranos coloratures actuelles. A ses côtés, l’Harlekin de Nicolai Borchev fait malheureusement un contrepoids non adapté, avec une émission vocale poussée dans les aigus, un manque de legato qui font de leurs duos des moments sans poésie.  Des trois autres personnages sortis de la commedia dell‘arte retenons la voix bien timbrée et bien présente, le jeu plein de pirouettes de Kevin Coners (Brighella). A la tête de la Staatskapelle de Dresde, Christian Thielemann, offre un magnifique tissu sonore, qu’il soit chambriste ou grand orchestre selon les passages requérant les délicates interventions solistiques ou un tutti, voulues par Richard Strauss. Du grand art, dans lequel Renée Fleming puise les ressources pour nous donner un chant jamais forcé, aux aigus lumineux, ou chaque note est construite et offerte, telle un bonbon joliment emballé, avec un noeud de chaque coté. Car la soprano a cette façon de construire ses phrases où chaque note mérite une attention particulière.  Pour ceux qui ont vu le Falstaff de Philippe Arlaud ici même, ils reconnaîtront dans cette mise en scène, son goût des costumes colorés et vifs, ses mouvements chorégraphiés et ses décors dépouillés pseudo-futuristes, sans trop de détails, ou accessoires.  Malheureusement, le Prologue est traité comme une succession de sketches dans un hypothétique lieu de répétition. La tension dramatique y est absente. Sophie Koch a beau y apporter son énergie, rien n’y fait, la sauce ne prend pas.Le dispositif scénique de l’opéra offre, lui, une autre dimension, une autre profondeur visuelle et dramatique.

La grotte d’Ariane, simple cratère peu profond, y trouve la place centrale. Autour, le public de cette pièce dans la pièce, nous et eux. Et une enfilade de colonnades blanches sans ornement, un lointain clin d’œil à la Grèce et ses tragédies. Philippe Arlaud fait alors réapparaître les personnages du Prologue. Ils se faufilent à travers les colonnes: le compositeur distribue les partitions aux nymphes, le Tanzmeister contrôle les pas de ses élèves. Les choses commencent à se mettre en place pour un mélange des genres tel qu’énoncé dans le Prologue, laissant au côté tragique sa pleine valeur affective, au coté comique son énergie bondissante. Cette fois la tension monte, jusqu’au duo final où les deux protagonistes montent vers un ciel nocturne éclairé du feu d’artifice commandé par les maîtres des lieux..Le théâtre dans le théâtre. Le comique et le sérieux mélangés. La musique de chambre et la force tellurique orchestrale. Spectacle tout en contraste, très abouti, servi par des interprètes de premier plan.







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