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Saturday, October 11, 2025

Elektra en el Palacio de Bellas Artes de México

Fotos: Arturo López /CNO/ INBAL

José Noé Mercado

“Este mundo está podrido,
y quienes lo pudren merecen morir”
Light Yagami
Death Note

El Palacio de Bellas Artes albergó el estreno de una nueva producción de Elektra, ópera en un acto del compositor alemán Richard Strauss (1864-1949), como parte de la temporada 2025 de la Ópera de Bellas Artes, dirigida por el argentino Marcelo Lombardero.  Con tres funciones más (9, 12 y 14 de octubre), antes de presentarse también en el Teatro Juárez (24 y 25 de ese mismo mes), en el marco del Festival Internacional Cervantino, esta puesta en escena de corte clásico capturó la intensidad psicológica de la tragedia de Sófocles, adaptada por el célebre libretista, poeta e intelectual austríaco Hugo von Hofmannsthal (1874-1929), en un montaje que resaltó la fijación del trauma y la sed de venganza del personaje protagonista. La entrada al Palacio de Bellas Artes para este estreno fue inusual, rodeado el recinto por un círculo de vallas metálicas, tras las manifestaciones del pasado 2 de octubre que rememoraron la matanza estudiantil de 1968. El acceso se dio a través de una pequeña abertura resguardada, un vestigio de las medidas de seguridad en edificios públicos del Centro Histórico de la Ciudad de México. Por si fuera poco el contexto, antes de la función integrantes de los grupos artísticos del Instituto Nacional de Bellas Artes y Literatura salieron al escenario para expresar ante el público su inconformidad por ciertas deplorables condiciones laborales, el deterioro del mobiliario y la falta de respuesta del INBAL, encabezado por Alejandra de la Paz Nájera. Este acto, que marcó el primer aplauso de la tarde, subrayó las coordenadas sociales en las que se desarrolló la representación.

Estrenada en 1909 en la Semperoper de Dresde, Elektra es una muestra representativa del expresionismo musical, donde Strauss y el libretista Hugo von Hofmannsthal, en su primera colaboración sinérgica, exploran la venganza de la protagonista contra su madre Clitemnestra y su amante Egisto, responsables del asesinato de su padre Agamenón. La partitura, con requerimiento de una orquesta superior al centenar de músicos, una de la más ricas y nutridas del repertorio lírico, combina disonancias y momentos líricos para reflejar la psique rota de los personajes. En sus cerca de cien minutos sin pausa, la ópera exige un equilibrio entre potencia músico-vocal y profundidad emocional, consolidándose como un desafío técnico y dramático, que esta vez fue bien sorteado en Bellas Artes. Dirigida escénicamente por Mauricio García Lozano, la puesta adoptó un enfoque clásico y de cierta manera aterido e historicista, con poco movimiento y un carácter casi ritual, anclado en la doliente obsesión de Elektra. Innecesario el desnudo frontal de un ensangrentado y espectral figurante de Agamenón. La escenografía de Jorge Ballina presentó un cubo con paredes desencajadas, simbolizando la fractura de la corte de Micenas.

Los tonos grises, ocres y negros palidecieron aún más por el sangriento vestido de Clitemnestra y su séquito (vestuario diseñado por Jerildy Bosch), que evoca el baño de sangre narrado, con destellos rojos colándose por las grietas del cubo. La iluminación de Ingrid SAC reforzó la atmósfera sombría, mientras que los peinados y maquillaje de Maricela Estrada, junto a la coreografía de Vivián Cruz, completaron un montaje sobrio pero impactante. La soprano francesa Catherine Hunold encarnó a Elektra con una voz potente capaz de atravesar la densa orquesta de Strauss, aunque inteligente y por momentos contenida, sin desbocarse, transmitiendo su obsesión vengativa. La también soprano Dhyana Arom, como Crisótemis, aportó tempestad y empuje vocal, sin desmarcarse de la intensidad de la protagonista. Es decir, sin contrastar sus aspiraciones más resilientes y fluidas, tan disímbolas del atasque mental de su hermana. La mezzosoprano Belem Rodríguez, por su parte, dio vida a una Clitemnestra atormentada, creíble y humana, con matices que reflejaron su culpa, tanto como su paranoia. El barítono Josué Cerón (Orestes) y el tenor Carlos Arturo Galván (Egisto) completaron los roles principales con solidez y, sobre todo, decisión dramática.

Las sopranos Diana Lamar (Elektra), María Fernanda Castillo (Crisótemis), la mezzosoprano Rosa Muñoz (Clitemnestra), así como el tenor Gilberto Amaro (Egisto) y el bajo-barítono Óscar Velázquez (Orestes) alternaron roles en siguientes funciones. En la encomienda de papeles menores destacaron David Echeverría (Tutor de Orestes), Arturo López Castillo y Chac Barrera (Sirvientes), Elizabeth Mata (Confidente), Diana Mata (Paje), Lucía Salas (Celadora), y las Doncellas Vanesa Jara, Araceli Fernández, Mariana Sofía, Hildelisa Hangis y Angélica Alejandre. 

El Coro —con notable actuación desde palcos laterales, bajo la dirección huésped de Rodrigo Elorduy— y la Orquesta del Teatro de Bellas Artes, todos con la concertación de Stefan Lano, enfrentaron la compleja partitura con hilvanado y conjunción, logrando un discurso sonoro tan potente y trágico como lo permiten las dimensiones del foso de este recinto. En todo caso, la dirección orquestal de Lano equilibró la densidad instrumental, permitiendo que las voces destacaran en su timbrado y psicología, sin perder el impacto perturbador de la música, límites estridentes a los que llegó Strauss antes de voltear para recuperar en su obra operística, con cierta nostalgia, el pasado lírico que claramente se diluía al iniciar el siglo XX. La nueva producción de Elektra en Bellas Artes reafirmó la fuerza de esta ópera para impactar al espectador con el delineado del curso humano, dañado, implacable y sediento de poder y venganza.




Monday, November 21, 2016

Entretien avec la soprano Catherine Hunold

Catherine Hunold (soprano)
Suzanne Daumann
J’ai pu rencontrer Catherine Hunold le lendemain de la Première de Lohengrin à Nantes pour une discussion autour d’un café au Lieu Unique.
SD : Merci, tout d’abord, pour votre temps !
CH : C’est un plaisir, j’aime les rencontres, communiquer...
SD : En effet, il a été facile de vous contacter via Facebook. J’ai l’impression que votre génération de chanteurs, grâce aux nouveaux médias, est très ouverte et accessible ?
CH : Oui, nous sommes beaucoup à ne plus avoir envie de rester enfermés dans le cliché du chanteur d’opéra. En fait, les divas d’aujourd’hui, ce sont plus les metteurs en scène. Ce sont eux qui ont une sorte de  pouvoir dans les maisons d’opéra. Et ce sont eux aussi qui s’attirent les foudres ou l’adoration des critiques.
SD : Ce qui nous pose tout de suite la question des critères de casting… On a souvent l’impression que des chanteurs sont engagés plus pour leur physique que pour leur voix.
CH : Oui, et curieusement ce sont aujourd’hui plus nos collègues hommes qui sont concernés. Ils devraient tous avoir un physique de stars d’Hollywood bodybuildés…
SD : Ces metteurs en scène demandent souvent aux chanteurs aussi de faire des actions assez difficiles, voire absurdes, tout en chantant.
CH : Personnellement, je peux accepter pas mal de choses, si toutefois on m’en a bien expliqué le sens. Et si ce n’est pas le cas, j’essaie d’y trouver un sens par moi-même. Rires
SD : Comment avez-vous décidé de devenir chanteuse ?
CH : Je chantais avant de parler. Mais comme je ne viens pas d’une famille de musiciens, ce n’était pas gagné d’avance. À l’âge de 10 ans, j’ai intégré la Maîtrise de Radio France. Par contre, il n’y avait pas de cours de chant du tout et là, ma mère a eu l’intelligence de me sortir de là, car nous étions très sollicités vocalement ce qui n'est pas bon pour une très jeune voix. Ensuite, j’ai intégré une autre  Maîtrise  puis pris mes premiers cours de chant. Mais après aussi, j'ai dû me battre, toutes les portes ne se sont pas ouvertes d’elles-mêmes, je me bats toujours d'ailleurs…
SD : Il y a beaucoup de concurrence, venue notamment des pays de l’Est… ?
CH : Il semblerait, oui…
SD : Revenons à Ortrud. Vous devez l’aimer pour l’habiter si totalement ? Elle est pourtant la méchante dans l’histoire.
CH : Oui, mais elle est tellement forte, tellement femme, elle est LA femme en quelque sorte. La femme qui fait peur aux hommes, la magicienne – c’est cela qui me plait chez elle. Et puis  sa musique est incroyablement belle aussi !
SD : L’allemand ne semble pas vous poser de problème ?
CH : Je ne le parle pas aussi bien que je voudrais et comme je parle par exemple l’italien. Je vis dans le sud de la France, près de la frontière italienne, et comme je suis très italophile, je m’y trouve très bien. C’est fascinant la différence entre les cultures musicales suivant les langues. Dans répertoire allemand, tout vient du texte. Pour l’italien par contre, tout est dans la ligne vocale, et pour le français, dans la couleur. Du coup, j’essaye d’intégrer ce goût français pour la coloration du texte dans mes interprétations wagnériennes tout en essayant de garder une ligne de chant à l'italienne comme le voulait Wagner.
SD : Ce Lohengrin en version de concert, comment cela s’est-il passé pour vous ?
CH : Le travail avec Pascal Rophé a été merveilleux. Il a su nous mettre en confiance, et sa façon de diriger l’orchestre, toute cette subtilité. Il en a fait quelque chose de vraiment extraordinaire, d’autant plus que c’était son premier Lohengrin ! Jean-Paul Davois, le directeur d’Anges Nantes Opéra, est venu à toutes les répétitions et mes collègues sont formidables. Donc, cela a donné une ambiance de famille, d'équipe où il est très plaisant de travailler.
SD : Justement, j’aime de plus en plus couvrir des événements dans les maisons de ce qu’on appelle province. J’y trouve beaucoup plus d’enthousiasme que par exemple à Paris.
CH : Oui, je suis bien d’accord. En province, justement, tout le monde participe à une production, avec les autres artistes sur scène se créent des liens, l’équipe artistique nous connaît tous, les directeurs sont souvent très présents. Et cela se ressent dans le travail musical, bien sur.
SD : Un autre sujet que les petites maisons prennent très au sérieux, c’est la démocratisation de l’opéra…
CH : Je ne sais pas très bien ce que cela veut dire, « démocratisation »…
SD : À Rennes, ville d’étudiants, il y a par exemple des panneaux qui invitent les gens de « Venir comme ils sont ». L’idée est sans doute de désacraliser un peu la musique classique, alléger un peu tous ces codes qui effraient les gens…
CH : Oui, je conçois cela. Mais, aller à l’opéra, c’est aussi un moment hors du commun, un moment festif, et la préparation, devrait en faire partie en quelque sorte. Inviter les gens de venir en jeans et pull-over, c’est plus de la banalisation à mon avis.
SD : Démocratisation ou banalisation, c’est un long débat sémantique ; je ne crois pas que nous aurons le temps de résoudre la question ce matin.
Rires
CH : L’opéra est de nos jours une occasion de vivre un moment hors du temps, vrai et vibrant d’émotions !
SD : Je me suis aperçue récemment que cela est un peu vrai aussi pour un match de football…
CH : Rit Il y a de ça, mais quand on est tous là, chef, orchestre, chœur et solistes, à suivre une même partition, il en résulte quelque chose d’absolument unique, on est tous connectés, et le public avec nous, à la même source d’énergie. 
SD : Effectivement, il y a une différence ! – Quels sont les prochains projets maintenant, Catherine ?
CH : Tout d’abord, Ortrud en Corée du Sud !
SD : Toujours aussi contente de la chanter ?
CH : Oh oui ! Je suis en processus de création permanente. Mon interprétation n’est jamais figée, ainsi je peux m’adapter à tout moment à un changement dans l’orchestre. En fait, tiens, je suis en train de m’en rendre compte en ce moment, à force de discuter, c’est cette liberté qui me plait tant quand je suis sur scène et qui me permet de me couler vraiment dans la peau de mon personnage.
SD : Et c’est cela alors qui fait de vous une chanteuse tellement captivante !
CH : Merci !
SD : Et merci à vous pour votre temps ! 

Thursday, October 20, 2016

A magical Lohengrin in Nantes Angers Opéra on September 16, 2016

Photo: Angers Nantes Opera

Suzanne Daumann

“It’s like the murmur of such a wondrous brook.” That is how little Nepomuk, the nephew of Adrian Leverkühn, the hero of Thomas Mann’s Doktor Faustus, comments on the stories that are read to him. We might say the same about the splendid concert representation of Wagner’s Lohengrin that is given to us in Nantes tonight. Right with the overture and its hair-raising pianissimos, Pascal Rophé and the Orchestre National des Pays de la Loire take us to a far away land. Wagner in concert version might sound like a bit of a dare, his operas being a tad longish. Not at all, quite on the contrary: when one is not constantly wondering about the sense of this object or that on the stage, or about the strangeness of some costumes, one understands much better this arch-romantic, archetypical story, with its deep psychological subtexts. Especially tonight, as the story is being told in such a marvellous way. Pascal Rophé conducts the ONPL without baton, intelligently penetrating and enlightening the work in all its dimensions. He gives it an intense permanent drive that pushes the story, inexorable like Nepomuk’s wondrous brook. In spite of the grand Wagnerian orchestra, he keeps a light fluid sound. The tempi are always just so, thus he takes the duo Ortrud – Telramund in the second act unusually slowly. Instead of leading to heaviness however, this tempo underlines the dramatic impact of this key scene. The excellent cast does the rest: soprano Juliane Banse is splendid as Elsa, dreamy and ethereal; her elegant round voice remains smooth unto the highest forte. Elsa, come to think of it, is an adolescent: she dreams of her Prince Charming, lets herself be charmed by the serpent Ortrud, and finally rejects Prince Charming on the wedding bed. Ortrud, on the other hand, is woman in all her aspects; she impersonates everything feminine that man is afraid of. Catherine Hunold, whom we already loved in Rennes in this part and are happy to meet again here, incarnates her with brio, and in every sense of the word. Her Ortrud is an undaunted woman who knows just what she wants, and shoulders her responsibilities. The mezzo-soprano, just as her character, is not afraid of meeting the challenge. Generous and ample voice, free and natural, she has no trouble with the highest and the lowest notes of the part; her gold and honey timbre doesn’t keep her from adding a bit of spite if need be. With her, it’s easy to understand that the number one protagonist of the story is Ortrud; she is not only the power-hungry sorceress who will go to any length to become mistress of the Duchy of Brabant, she lives by the Germanic creeds and gods and tries to halt the victory of Christendom with its emblematic symbol of the Holy Grail… Her husband, Friedrich von Telramund, is just her puppet, really. Tonight it’s English baritone Robert Hayward who takes on the part. Deep ringing timbre, intense stage interaction – with these two it’s easy to imagine the nightly castle around them as they sing their duet.  German tenor Daniel Kirch, whom we already noticed in Die Tote Stadt here in Nantes, is Lohengrin. With his warm and slightly metallic timbre, he is a manly and courageous Lohengrin, the perfect Grail’s knight indeed. French bass Jean Teitgen sings the part of King Heinrich with elegance and dignity. His herold is sung by Philippe-Nicolas Martin, just as elegantly and with impeccable diction. A Wagner evening as it should be, exalting the mind and enchanting the soul, that ends in unending and well-deserved applause. Bravi tutti and thank you!  

Un Lohengrin plein de magie à Nantes Angers Opéra le 16 septembre 2016

Foto: Nantes Opera

Suzanne Daumann

« Ça bruit comme un murmure magique. » Ainsi commente le petit Nepomuk, le neveu du compositeur Adrian Leverkühn, héros du Dr Faustus de Thomas Mann, les histoires qu’on lui raconte. Et c’est ainsi que nous pourrions commenter la splendide représentation de ce Lohengrin en version concert. Dès l’ouverture, l’Orchestre National des Pays de la Loire, dirigé par Pascal Rophé, nous transporte dans un pays lointain. Wagner en version de concert, cela pourrait sembler osé, ses opéras étant un tantinet longuets. Il n’en est rien, au contraire : on comprend mieux cette histoire archi-romantique, archétypique, quand on n’est pas obligé de se demander le sens de tel ou tel objet sur scène, ou de tel ou tel choix de costumes. Ce soir, surtout, l’histoire est narrée de façon magistrale. Pascal Rophé dirige l’ONPL à mains nues, avec une intelligence qui pénètre et éclaire l’œuvre dans toutes ses dimensions. Il lui instille un souffle intense et permanent qui fait avancer l’histoire comme ce ruisseau qui bruit dans un murmure magique. Avec le grand effectif wagnérien et les deux chœurs, il garde la légèreté. Les tempi sont toujours justes  ; il prend ainsi le duo Ortrud – Telramund de l’Acte II avec une lenteur qui pourrait être lourde, mais en fait souligne toute la force dramatique de cette scène charnière. La distribution n’est pas en reste : la soprano Juliane Banse est splendide dans le rôle d’Elsa, rêveuse et éthérée avec sa voix qui reste douce et élégante dans les aigus les plus forts. Elsa, tout compte fait, est une adolescente qui rêve du prince charmant, se laisse charmer par le serpent qu’est Ortrud, et finalement rejette son prince charmant sur le lit nuptial. Ortrud, en revanche, est une femme, elle est LA femme. Catherine Hunold, remarquée déjà à Rennes dans ce rôle et que nous sommes heureux de retrouver ce soir, l’incarne avec brio et dans tous les sens du terme. Avec elle, Ortrud est une insoumise, une femme qui sait ce qu’elle veut et n’a pas peur d’assumer ses responsabilités. La mezzo-soprano, à l’instar de son personnage, n’a pas peur d’aller à la limite. Grande voix généreuse et ample, libre et naturelle, elle atteint facilement les graves et les aigus de son rôle ; avec son timbre d’or et de miel, elle sait aussi instiller une goutte de fiel dans les paroles de la sorcière quand il le faut. C’est grâce à elle que l’on comprend que le personnage protagoniste numéro un de l’histoire, c’est Ortrud. Elle n’est pas seulement la sorcière avide de pouvoir, cherchant à tout prix à s’emparer du duché de Brabant, elle est aussi une païenne qui prie les dieux germaniques et repousse l’avènement du christianisme, avec son symbole emblématique du Graal… Son époux, Friedrich von Telramund, n’est que sa marionnette, en fin de compte. Ici, il est interprété par le baryton anglais Robert Hayward. Timbre grave, jeu de scène intense – tous les deux nous font imaginer tout un monde autour d’eux. Le ténor allemand Daniel Kirch, remarqué déjà dans Die Tote Stadt ici même, est Lohengrin. Avec sa voix au timbre chaleureux, avec un peu de métal, il est un Lohengrin viril et valeureux, un preux chevalier bien comme il faut.  La basse élégante Jean Teitgen interprète le roi Heinrich avec dignité et une diction impeccable. Son héraut enfin est le baryton Philippe-Nicolas Martin, tout aussi élégant. Soirée wagnérienne envoûtante donc, qui se termine par des applaudissements à n’en plus finir et bien mérités. Bravi tutti, et merci ! 

Sunday, February 15, 2015

The Swan, an Ugly Duckling; Salvation, a Bad Joke ? – Wagner’s Lohengrin at the l’Opéra de Rennes

Photo: Laurent Guizard

Suzanne Daumann

At the Opéra de Rennes, the Wagnerian experience has brought mixed results. The legend of Lohengrin tells the story of a valiant knight, who arrives incognito and whose name must not be asked. In the wedding night however, his new wife asks the taboo question and so loses him again. The crucial question of this story and maybe the reason it still grabs us today, is the question of trust inside of the family and marriage, and of blind faith in politicians concerning whole societies. Carlos Wagner, the stage director of this new production of the Opéra de Rennes, co-produced with the Landestheater Coburg and Opéra de Rouen Haute Normandie, sees also a parallel here with 20th century politicians, who appear out of nowhere promising to fix everything as long as they are blindly obeyed. Wagner’s staging, for that reason, is rooted in the real world and not in fairy country. Rifail Ajarpasic accordingly constructed a decoration that consists essentially of a four level platform, with long tables on them and chairs behind these. In the middle, a lectern where characters will expose their point of view. On the walls, rows of cardbord boxes spilling papers. An enormous tree root can be seen through the roof, vaguely menacing – some kind of monster ?  As the curtain rises, the chorus, wearing 30s style working clothes, coveralls and smocks, or some kind of uniform, are busy, making phone calls, carrying papers to and fro – with the crescendo of the prelude, a feeling of emergency arises. King Heinrich occupies the lectern; he greets the people of Brabant, and deplores the sad state of affairs in the duchy. Friedrich von Telramund, sung by warm-toned and intense baritone Anton Keremidtchiev, explains: the duke is dead and of his children, the daughter Elsa is suspected to have killed her brother. Elsa is now summoned to explain herself. Kirsten Chambers, soprano, blonde, young and frail, plays her with juvenile charm and trust. Clad in a man’s coat over an undergarment, she seems lost in thought, hardly aware of the proceedings around her. She ends up declaring that she has seen in a dream a knight who will fight for her. Telramund accepts to fight this hypothetic knight in order to obtain a divine judgement about his accusation. Elsa’s champion is accordingly summoned. At the herald’s third call, the platform splits in two and – just what is it that now appears in the corridor that opens in the middle? Bathed in a golden light we see: some kind of grey block, on which a man is standing, clad in white from head to foot, and at his feet, kneeling, another man in a straitjacket. Now this is borderline ridiculous. Where on earth did this straitjacket come from? The white-clad man, half soldier half clergyman, obviously some sort of spiritual knight, is of course Lohengrin, sung by tenor Christian Voigt. His warm and natural timbre and rather light approach, nothing Heldentenor here, make his Lohengrin more human than superhero, in contradiction to his martial outfit.  The love scenes with Elsa are a bit forced, none of them wholeheartedly embraces their part and their partner. Ortrud, by comparison, sung by soprano Catherine Hunold, is full of life and very much present, wily with Elsa, when she plants her seed of doubt that will eventually lead to Lohengrin’s disappearance, and wild as they come when she is confronted for what she is.  And so it goes, the drama runs its course, punctuated by questions : is the straitjacket supposed to symbolize bewitchment ? Why not, but how is this related to the rest of the staging ? The costumes are fine, Lohengrin’s total white and Elsa’s unfinished bridal dress contrast Telramund’s and Ortrud’s black.  But, if Ortrud is ultimately the « good guy », since she rids the people of a potential dictator, why is she defined as « bad guy »? I don’t quite understand this staging. It is musical enough however, respecting the music and the singers. Maybe I should have left my brain on standby and just stayed with the music: Rudolf Piehlmeyer who conducts the Orchestre Symphonique de Bretagne with a keen sense of drama, strength and attention to details. And the chorus of the Opéra de Rennes under Gildas Pungier, sublime as usual. 

Le cygne, un vilain canard, le salut, un canular ? – Lohengrin à l’Opéra de Rennes

Foto: Laurent Guizard

Suzanne Daumann

À l’Opéra de Rennes, on a « osé l’expérience Wagnérienne », avec des résultats un peu  inégaux. Lohengrin, c’est la légende du chevalier qui arrive, incognito et à qui l’on n’a pas le droit de demander son nom. Pendant la nuit de leurs noces, sa femme, la jeune fille qu’il vient de sauver d’une injuste accusation lui pose la question et le perd aussitôt. La question cruciale de cette histoire, et la raison pourquoi elle nous parle encore tellement aujourd’hui, est la question de la confiance au sein du couple, de la foi aveugle en concernant une société. Carlos Wagner, metteur en scène de cette nouvelle production de l’Opéra de Rennes, en partenariat avec le Landestheater Coburg et l’Opéra de Rouen Haute Normandie, y voit une parallèle avec les personnages politiques du 20ème siècle, surgis en tant que sauveurs à condition qu’on leur obéisse aveuglément, et opte pour une mise en scène ancrée plus dans le réel que dans le conte de fées. Par conséquent, la scénographie (Rifail Adjarpasic) consiste essentiellement d’une estrade à plusieurs niveaux, sur laquelle sont alignés de longues tables et des chaises, un pupitre d’orateur au milieu. Celui-ci servira aux chanteurs, à tour de rôle, pour exposer leurs points de vue. Les personnages vont utiliser les différents niveaux, et aussi les tables pour leurs jeux de scène. Sur les côtés, des étagères pleines de cartons dont dépassent des papiers. Une énorme racine d’arbre rentre par le plafond, vaguement menaçante, un monstre ? Lors du lever de rideau, les choristes, dans des costumes qui rappellent vaguement des habits de travail, combinaisons, blouses, style années 30, couleurs terre, s’affairent, téléphonent – avec le crescendo du prélude s’installe un sentiment d’urgence. Le roi Heinrich prend la parole, pour saluer le peuple de Brabant, et demander allégeance face à une menace de guerre. Mais le duché est en désordre, et le roi demande des explications. Friedrich von Telramund, interprété par le baryton Anton Keremidtchiev, voix chaude et jeu intense, lance son accusation contre Elsa : elle est la fille de feu le duc de Brabant, et elle aurait tué son frère, héritier du duché.  Kirsten Chambers, soprano, blonde, jeune et frêle, lui donne un air de totale innocence. Vêtue d’un manteau d’homme par-dessus une chemise, elle semble perdue dans son monde, peu intéressée par les procédés. Elle finit par déclarer qu’elle a vu en rêve un chevalier qui la défendra dans un duel. Telramund accepte un tel jugement de Dieu pour confirmer ou réfuter son accusation et le héraut appelle le chevalier qui doit défendre Elsa. Au troisième appel, l’estrade se sépare en deux, et dans le couloir qui s’ouvre au milieu, apparaît, baigné par une lumière dorée, apparaît… quoi au juste ? Un bloc gris de quelque chose, qui avance doucement, et sur lequel se tient debout un homme tout en blanc, et devant lui, un autre homme, à genoux, en camisole de force. Là, on frôle le ridicule… D’où sort donc cette camisole de force ? L’homme en blanc est donc Lohengrin, interprété par le ténor Christian Voigt. Son habit blanc, moitié uniforme, moitié habit clérical, le définit d’emblée comme chevalier lié au monde spirituel. Avec son timbre naturel et chaleureux, très peu « Heldentenor » ce Lohengrin est plutôt humain que surhumain, ce qui contredit un peu son habit martial. Les scènes d’amour avec Elsa tombent à plat, ni l’un ni l’autre des deux protagonistes embrasse vraiment son rôle et son partenaire. Ortrud, en revanche, interprétée par la soprano Catherine Hunold, est bien présente, vivante, perfide avec Elsa et hystérique comme il faut quand il le faut. Ainsi se déroule le drame, cahin-caha, ponctué de questions : Est-ce que la camisole de force le symbole de l’ensorcellement ? Bonne idée, mais alors, quel rapport avec le reste de la mise en scène ? Les costumes marchent bien, au blanc de Lohengrin et de la robe d’Elsa, à l’air inachevée – et pour cause – s’opposent les habits noirs de Telramund et Ortrud. Mais, si finalement c’est Ortrud qui sauve le peuple du faux sauveur (si l’on pense l’idée initiale jusqu’au bout), pourquoi est-elle définie comme la méchante ? Quelques failles logiques dans cette mise en scène, qui est pourtant joliment musicale, et respecte les chanteurs. J’aurais mieux fait de laisser le cerveau éteint, je crois et de rester avec la musique : Rudolf Piehlmeyer qui dirige l’Orchestre Symphonique de Bretagne avec un sens aigu du drame, avec force et finesse. Et les chœurs de l’Opéra de Rennes, sous la direction de Gildas Pungier, sont sublimes, comme toujours.