domingo, 15 de febrero de 2015

Le cygne, un vilain canard, le salut, un canular ? – Lohengrin à l’Opéra de Rennes

Foto: Laurent Guizard

Suzanne Daumann

À l’Opéra de Rennes, on a « osé l’expérience Wagnérienne », avec des résultats un peu  inégaux. Lohengrin, c’est la légende du chevalier qui arrive, incognito et à qui l’on n’a pas le droit de demander son nom. Pendant la nuit de leurs noces, sa femme, la jeune fille qu’il vient de sauver d’une injuste accusation lui pose la question et le perd aussitôt. La question cruciale de cette histoire, et la raison pourquoi elle nous parle encore tellement aujourd’hui, est la question de la confiance au sein du couple, de la foi aveugle en concernant une société. Carlos Wagner, metteur en scène de cette nouvelle production de l’Opéra de Rennes, en partenariat avec le Landestheater Coburg et l’Opéra de Rouen Haute Normandie, y voit une parallèle avec les personnages politiques du 20ème siècle, surgis en tant que sauveurs à condition qu’on leur obéisse aveuglément, et opte pour une mise en scène ancrée plus dans le réel que dans le conte de fées. Par conséquent, la scénographie (Rifail Adjarpasic) consiste essentiellement d’une estrade à plusieurs niveaux, sur laquelle sont alignés de longues tables et des chaises, un pupitre d’orateur au milieu. Celui-ci servira aux chanteurs, à tour de rôle, pour exposer leurs points de vue. Les personnages vont utiliser les différents niveaux, et aussi les tables pour leurs jeux de scène. Sur les côtés, des étagères pleines de cartons dont dépassent des papiers. Une énorme racine d’arbre rentre par le plafond, vaguement menaçante, un monstre ? Lors du lever de rideau, les choristes, dans des costumes qui rappellent vaguement des habits de travail, combinaisons, blouses, style années 30, couleurs terre, s’affairent, téléphonent – avec le crescendo du prélude s’installe un sentiment d’urgence. Le roi Heinrich prend la parole, pour saluer le peuple de Brabant, et demander allégeance face à une menace de guerre. Mais le duché est en désordre, et le roi demande des explications. Friedrich von Telramund, interprété par le baryton Anton Keremidtchiev, voix chaude et jeu intense, lance son accusation contre Elsa : elle est la fille de feu le duc de Brabant, et elle aurait tué son frère, héritier du duché.  Kirsten Chambers, soprano, blonde, jeune et frêle, lui donne un air de totale innocence. Vêtue d’un manteau d’homme par-dessus une chemise, elle semble perdue dans son monde, peu intéressée par les procédés. Elle finit par déclarer qu’elle a vu en rêve un chevalier qui la défendra dans un duel. Telramund accepte un tel jugement de Dieu pour confirmer ou réfuter son accusation et le héraut appelle le chevalier qui doit défendre Elsa. Au troisième appel, l’estrade se sépare en deux, et dans le couloir qui s’ouvre au milieu, apparaît, baigné par une lumière dorée, apparaît… quoi au juste ? Un bloc gris de quelque chose, qui avance doucement, et sur lequel se tient debout un homme tout en blanc, et devant lui, un autre homme, à genoux, en camisole de force. Là, on frôle le ridicule… D’où sort donc cette camisole de force ? L’homme en blanc est donc Lohengrin, interprété par le ténor Christian Voigt. Son habit blanc, moitié uniforme, moitié habit clérical, le définit d’emblée comme chevalier lié au monde spirituel. Avec son timbre naturel et chaleureux, très peu « Heldentenor » ce Lohengrin est plutôt humain que surhumain, ce qui contredit un peu son habit martial. Les scènes d’amour avec Elsa tombent à plat, ni l’un ni l’autre des deux protagonistes embrasse vraiment son rôle et son partenaire. Ortrud, en revanche, interprétée par la soprano Catherine Hunold, est bien présente, vivante, perfide avec Elsa et hystérique comme il faut quand il le faut. Ainsi se déroule le drame, cahin-caha, ponctué de questions : Est-ce que la camisole de force le symbole de l’ensorcellement ? Bonne idée, mais alors, quel rapport avec le reste de la mise en scène ? Les costumes marchent bien, au blanc de Lohengrin et de la robe d’Elsa, à l’air inachevée – et pour cause – s’opposent les habits noirs de Telramund et Ortrud. Mais, si finalement c’est Ortrud qui sauve le peuple du faux sauveur (si l’on pense l’idée initiale jusqu’au bout), pourquoi est-elle définie comme la méchante ? Quelques failles logiques dans cette mise en scène, qui est pourtant joliment musicale, et respecte les chanteurs. J’aurais mieux fait de laisser le cerveau éteint, je crois et de rester avec la musique : Rudolf Piehlmeyer qui dirige l’Orchestre Symphonique de Bretagne avec un sens aigu du drame, avec force et finesse. Et les chœurs de l’Opéra de Rennes, sous la direction de Gildas Pungier, sont sublimes, comme toujours. 

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