sábado, 9 de mayo de 2015

Tout feu sans flamme : La Flûte Enchantée à l’Opéra de Paris

Foto: Elisa Haberer

Suzanne Daumann

La Flûte Enchantée de Mozart est, malgré son livret quelque peu alambiqué, un des opéras les plus aimés par le public, par tous les publics. Rien d’étonnant à cela : le message est universel et passe par la musique. Pour cette co-production avec le Festspielhaus Baden-Baden de 2014, Robert Carsen a pris le parti de prolonger le symbolisme maçonnique par le symbolisme de la psychologie moderne. Ses symboles (décors par Michael Levine) sont simples, sobres et efficaces : en arrière-plan, une vidéo projection d’une forêt de bouleaux en différentes saisons nous rappelle que le thème de l’œuvre est simplement la nature, la nature humaine. Des tombes ouvertes sur la scène parlent pour elles-mêmes et lorsque Tamino fait son entrée en sortant de l’une d’elles, l’on comprend tout de suite qu’il vient de naître, naître de la mort, vie et mort ne sont qu’un… Logiquement, le temple des épreuves de l’Acte II est représenté par un tombeau, jonché de cercueils. Les costumes de Petra Reinhardt renforcent efficacement la lisibilité de la mise en scène : simple habit blanc pour Tamino, robe blanche pour Pamina, tous deux sont pieds nus – innocence, aspiration à la lumière. Les prêtres sont tout aussi simplement en noir, ainsi que la Reine de la Nuit et ses dames. Seul Papageno et plus tard Papagena détonnent : Pas de plumes pour ces oiseleurs –  sac à dos, sac de couchage, panoplie du joyeux vagabond illustrent envie de liberté, non-conformisme, une vie proche des éléments, bref, la partie terrestre de la nature humaine. Le coup de génie, c’est l’apparition des trois garçons qui reprennent tour à tour les costumes des uns et des autres et l’on saisit intuitivement que tous ces personnages qu’ils relient ne sont que des facettes différentes de l’âme humaine : Tamino et Pamina, la partie spirituelle, cette part de nous qui aspire à la lumière ; Papageno et Papageno, l’aspect corporel, sexualité, fécondité. Sarastro et la Reine de la Nuit représentent donc logiquement les forces extérieures qui nous guident, et les concepts de bien et de mal s’entremêlent, façon Yin et Yang. Ainsi, les failles logiques du livret qui dérangent, ces personnages qui changent d’orientation, de bien en mal et de mal en bien, sont neutralisés ici, et le tout devient cohérent. Le message de ce double symbolisme est alors très clair, et c’est un message  d’actualité dans notre époque qui met le confort avant tout : c’est en faisant face à nos peurs, à nos démons et fantômes, que nous les surmontons et arrivons à la vraie liberté. Musicalement, je reste un peu sur ma faim : une très bonne distribution, de belles voix, la direction d’orchestre de Constantin Trinks est impeccable et attentive – mais cela manque de ce feu sacré qui fait d’une représentation un moment magique qui vous ancre ici et maintenant. La Pamina de Jacquelyn Wagner est adorable dans son innocence, et sa voix ample et généreuse très plaisante. Mauro Peter, voix de ténor chaleureuse au timbre naturel, avec un peu de laiton, campe un Tamino un peu naïf, face au Papageno de Edwin Crossley-Mercer, qui lui est un débrouillard et vaurien charmant. Crossley-Mercer habite son personnage avec esprit et abandon, et avec Elisabeth Schwarz en Papagena le couple est charmant.  Cependant, le duo Pamina – Papageno de l’Acte I reste académique, tout comme les airs de Tamino et même celui de la Reine de la Nuit, interprétée par Jane Archibald. Ce n’est que lors des interventions des trois garçons que l’on sent percer des vraies émotions. Ils sont adorables, ces trois solistes des Aurelius Sängerknaben de Calw, et maîtrisent leurs jeux de scène comme des grands. Ante Jerkunica, avec sa voix de basse de velours, est un Sarastro dignifié et bienveillant. Finalement, vers la moitié de l’Acte II, avec l’air de Pamina « Ach, ich fühl’s », nous aussi commençons à ressentir les émotions des protagonistes, et la rencontre de Pamina et Tamino – « Tamino mein, o welch ein Glück ! » - « Pamina mein, o welch ein Glück ! » - suscite enfin un léger frisson. À partir de ce moment, la représentation s’anime nettement : le feu que doivent traverser Tamino et Pamina s’en empare, et lors du final, les applaudissements et bravos sont destinés à une équipe qui a fini par se trouver. 

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