lunes, 31 de agosto de 2015

Birgid Steinberger et Thomas E. Bauer chantent Schubert à Schwarzenberg, le 24. Août 2015

Foto: Schubertiade

Suzanne Daumann

Schubertiade Schwarzenberg, ce ne sont pas seulement des concerts sublimes dans une salle magnifique et une programmation unique au monde qui réunit en quelques semaines les meilleurs artistes de leur temps, c’est aussi un cadre splendide –  montagnes, forêts, ruisseaux… Tout ces éléments si chers à Schubert qui sont présents dans son œuvre et le rendent si présent ici. C’est l’hospitalité d’une population fière de son pays, de son histoire, ses traditions, ses personnages et son développement. C’est un ensemble merveilleux et périlleux car fort addictif. Une fois sur place, on est perdu, et l’on revient toujours, ne serait-ce que pour deux jours et trois concerts. Dernier concert ce soir, avec Birgid Steinberger, soprano et Thomas E. Bauer, baryton, qui remplacent Sarah Connolly, malade, et Markus Werba, pris ailleurs. Les deux artistes, accompagnés par Julius Drake au piano, proposent un programme dédié à l’année 1815. Chacun à son tour et parfois ensemble, ils font émerger un portrait de Franz Schubert à dix-huit ans, tantôt mélancolique, tantôt plein d’élans juvéniles et amoureux. Artistes expérimentés, tous deux savent parfaitement rentrer dans l’ambiance spécifique musicale de chaque lied, en souligner chaque nuance. Birgid Steinberger, avec sa voix ronde et généreuse et son charme bien viennois, ravit dans des pièces tel « An die Nachtigall » ou les pianissimos dans « Nähe des Geliebten ». Tous deux sont simplement époustouflants dans le très particulier « Cronnan », D 282, composé sur un des chants d’Ossian. C’est un chant durchkomponiert, sur un texte sans rimes ni vers, Schubert est ici bien en avance sur son temps. Les artistes récitent cette histoire avec une telle intensité que l’on les suit dans la montagne Écossaise, le souffle coupé. Après l’entracte, Thomas E. Bauer donne toute la mesure de son savoir-faire avec des bijoux tels que « Skolie », « Die erste Liebe », « Das Rosenband » et un lied plutôt humoristique, « Das gestörte Glück », sur un texte de Theodor Körner, l’histoire d’un baiser jamais reçu, car toujours interrompu. Il se termine sur la demande du chanteur que quelqu’un lui donne ce baiser, et Birgid Steinberger ne se le laisse pas dire deux fois, elle se lève et l’embrasse, à la surprise du chanteur et pour le plus grand amusement du public. La soirée se termine avec deux lieder interprétés encore par Birgid Steinberger, un autre « An den Mond », D 193, sur un texte de Hölty, chanté par Thomas E. Bauer, et un duo final, « Hektor’s Abschied », sur un texte de Schiller. Une soirée Schubertiade bien comme il faut, tout l’esprit de Vienne, toute la personnalité du jeune Schubert est là ce soir, et le couple d’artistes termine en beauté avec en bis et en duo « Heidenröslein ». Un lied peu amusant, en principe, mais qui ce soir a droit à un traitement spécial et léger. Cela aussi, c’est la Schubertiade.


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