sábado, 1 de agosto de 2015

De mort et d’amour : Kristine Opolais et Jonas Kaufmann lumineux dans Manon Lescaut de Puccini au Staatsoper de Munich

Foto: Bayerische Staatsoper

Suzanne Daumann

Jusqu’où va le droit d’un metteur en scène d’opéra d’interpréter l’œuvre d’un compositeur, un librettiste ? D’abord, en a-t-il le droit ? Pourquoi un public doit-il aujourd’hui prendre en compte les points de vue de ces nouveaux dieux du stade, au lieu de voir et d’entendre les œuvres telles qu’elles ont été créées par leurs auteurs, et former ses propre points de vue ? Pourquoi, donc, le public de la production de Manon Lescaut de Puccini, au Staatsoper de Munich, production de cette saison, reprise à l’occasion du Festival d’Opéra de Munich, doit-il lire sur un écran les remarques très personnelles de Hans Neuenfels, qui remplacent même dans un cas les paroles du librettiste ? Pourquoi doit-il voir les chœurs attifé de costumes grotesques, genre de combinaison grise, aux hanches et popotin énormes, qui rappellent ces statues féminines préhistoriques ? Et pourquoi, au nom de l’Abbé Prévost, les mouvements de scène de ces personnages sont-ils en opposition directe avec ce que dit la musique ? Cela contredit, caricature et distord les propos de Puccini. Ainsi, lors de la première scène, on peut imaginer à travers la musique la scène telle que Puccini l’a imaginé, et la discorde entre la vue et l’ouïe est douloureuse pour le cerveau. Ainsi, le maître de danse de l’Acte 2, est caractérisé comme un personnage ridicule par la musique et il est superflu d’en faire un singe pour enfoncer le clou. Par une scénographie (Stefan Mayer) et des costumes (Andrea Schmidt-Futterer) épurés, qui sont par ailleurs élégants et agréables à regarder, le metteur en scène veut situer son histoire hors du temps, faisant fi du fait que la tragédie de Manon est possible seulement dans son contexte historique. Telle qu’elle est présentée ici, faut connaitre l’œuvre pour vraiment pouvoir comprendre l’histoire. Tout est comprimé, symbolisé, sauf la chambre de Manon à l’Acte 2, et la calèche de l’Acte 1, qui par ailleurs est tirée par des humains, couronnés par des plumes de chevaux de cirque. Tiré par les cheveux… ?! Nulle auberge, nulle prison, nul quai d’embarquement… Comment comprendre l’arrestation, la déportation et le comment et le pourquoi ? L’on reste dans le flou entre le manque et le superflu. Fort heureusement, musicalement cette production est une pure joie, un sans-faute exemplaire. Alain Altinoglu dirige l’excellent orchestre du Staatsoper de Munich avec une finesse et une sensibilité qui font friser les cheveux dans la nuque. Tout Puccini y est : la force dramatique, la finesse intimiste, la douleur, l’humour… La distribution est tout à fait à la hauteur : le baryton Markus Eiche, voix de velours noir, incarne Lescaut avec l’énergie impulsive du personnage ; Roland Bracht, basse, est Geronte, entre dignité et perfidie. Citons encore Ulrich Reß, ténor remarquable, qui incarne le maître de balle, ainsi qu’un autre ténor, Dean Power, dans le rôle d’Edmondo. Kristine Opolais est Manon. Sa voix ample, généreuse, ronde et douce s’accorde parfaitement à celle de son Des Grieux, Jonas Kaufmann. Il est au sommet de sa forme ces jours-ci, la sonorité plus sombre de sa voix, qui avait jadis un côté artificiel, semble naturelle et juste aujourd’hui. Tous deux se donnent à fond, s’abandonnent à leurs personnages, lumineux et rayonnants jusqu’au plus profond de la douleur. La scène finale, jouée sur une scène entièrement vide, est d’une rare intensité. Ils sont tous les deux, vêtus de deux-pièces identiques : ils sont finalemet vraiment réunis, seuls contre tous. Avec l’orchestre, l’harmonie est parfaite, les plaintes résonnent, l’amour se déploie une dernière fois dans une ardeur douloureuse, et l’on en reste le souffle coupé, aussi ému et tremblant que ces deux, là-haut. Tonnerre d’applaudissements, de bravos, de battements de pieds, saluts interminables : le public remercie ses artistes de leur générosité. Malgré la mise en scène, une soirée d’opéra formidable. 

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