domingo, 7 de junio de 2015

Burlesque et charmant : La Cenerentola de Rossini à l’Opéra de Rennes

Foto: Laurent Guizard

Suzanne Daumann

C’est désormais une tradition : tous les deux ans, l’Opéra de Rennes partage sa production de fin de saison avec le plus grand nombre. Retransmission sur grands écrans dans plus de dix villes en Bretagne, captation radio, et retransmission sur écran sur la place de la Mairie – ainsi l’opéra invite à la fête. C’est d’ailleurs la seule maison d’opéra en France à proposer une telle action.La Cenerentola de Rossini étant une fête à elle seule, il suffit d’une mise en scène soignée et une distribution au diapason pour qu’elle soit vraiment réussie. Cette version du conte de Cendrillon, rappelons-le, se distingue un peu de ce que racontent Perrault ou les frères Grimm. Le prince et Cendrillon se rencontrent avant le bal et tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre. Ce n’est pas une marraine qui va aider Cendrillon à visiter le bal du prince, mais le précepteur de celui-ci, Alidoro, une espèce de magicien bienveillant. Et Cendrillon n’a pas une belle-mère, mais un méchant beau-père. L’histoire de Cendrillon, à bien y réfléchir, n’est pas simplement une niaise fable pour inciter les filles à bien se tenir. La mise en scène du regretté Jérôme Savary tient compte de son côté tendre et profond. Ressuscitée par Frédérique Lombard, charmante et loufoque, elle est situé au 19ème siècle. Devant les belles coulisses en trompe-l’oeil, tout en teintes atténuées, les costumes hauts en couleurs se détachent délicieusement.  Dès l’ouverture, l’esprit rossinien est bien présent. Darrell Ang dirige l’Orchestre Symphonique de Bretagne avec précision et finesse dans la partition compliquée avec ses changements de tempo et d’intensité. Une ou deux fois, l’orchestre couvre un peu les chanteurs, mais dans l’ensemble, fosse et scène sont bien unis. Les vents surtout sont souvent sollicités et jouent leur rôle avec brio, comme toujours.  Les deux sœurs font une entrée remarquable. Anna Steiger, Tisbe, et Jeannette Fischer, Clorinda, volent un tantinet la scène à leurs collègues, tellement elles sont présentes, drôles, roucoulant et roulant avec ridicule, et l’on en oublie presque qu’elles chantent aussi remarquablement. Fraise et abricot, elles sont les fruits du festin. Telles des enfants gâtées, elles commentent chaque mot, chaque échange des grandes personnes, rappellant constamment leur présence. C’en serait trop, si ce n’était pas si merveilleusement bien fait, comme quand Clorinda, façon Harpo Marx, essaye constamment de draper une jambe par-dessus le bras d’une victime innocente. Fort heureusement, l’ensemble de la distribution est largement capable de relever le défi. Angelina, la Cenerentola, est incarnée par la merveilleuse mezzo-soprano José Maria Lo Monaco. Avec une voix ample, légère, au timbre doux et doré, elle est une Cenerentola de rêve, modeste et innocente, cependant bien présente. Du pur caramel au beurre salé ! L’on comprend bien le prince Don Ramiro, qui en tombe amoureux  à première vue. C’est le ténor Daniele Zanfardino qui lui donne vie et voix. Suave et énergique, belcantiste accompli, il maîtrise toutes les difficultés de la partie. Une glace menthe – chocolat, qui eut cru que cela  aille si bien avec le caramel ! Le duo de l’Acte I est un pur délice tant leurs voix se mêlent harmonieusement.  Un autre écart de l’histoire originale est le valet du prince, Dandini. Il doit endosser les habits du prince, afin de sonder le caractère des deux filles avenantes. L’excellent baryton Marc Scoffoni le joue avec une bouffonnerie élégante qui siérait bien à un personnage offenbachien.  Il se dandine, danse et sautille comme un cheval de cirque et semble s’amuser comme un prince. Croustillant et fin, voici une tarte aux pommes.  Don Magnifico, le beau-père pochtron et avide, est joué par Bruno Praticò, baryton, un Don Magnifico expérimenté, loufoque et néanmoins touchant. Une coupe de vin rouge, Montepulciano peut-être, léger et terreux.  Luigi de Donato, basse, last but not least, interprète Alidoro. Avec sa voix chaude et douce, du pur chocolat musical, il délivre son grand air de l’Acte II avec force et conviction et des notes basses résonnantes. Ravissant, comme il esquisse quelques pas de danse avec Angelina lors du postlude de l’air. Ravissant, l’ensemble des chorégraphies de Frédérique Lombart. Le chœur est magnifique comme toujours sous la direction de Gildas Pungier, précis et musical comme il se doit.  Une belle soirée rossinienne somme toute, qui se termine par des applaudissements amplement mérités, et l’on regrette de ne pas pouvoir participer à la grande soirée de la transmission sur les grands écrans.


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