martes, 21 de abril de 2015

Un surprenant Voyage d’Hiver à Rennes France

Foto: Marthe Vassallo by Véronique Le Goff

Suzanne Daumann

Alors que le printemps s’installe enfin en Bretagne, l’Orchestre Symphonique de Bretagne nous fait faire un petit tour en arrière, dans le cadre de son projet Taliesin. Au programme ce soir : Schubert meets Breizh. Après deux œuvres originales, Vent de l’Ouest par Alexandre Damnianovitch, et La Complainte du Vent d’Ouest de Frédérique Lory, dont nous assistons à la création ce soir, chantées par Marthe Vassalo, et accompagnées par l’Orchestre Symphonique de Bretagne sous la baguette d’Ariane Matiakh, la soirée est consacrée à une rencontre des plus inhabituelles. Le Winterreise, version Zender, fera ce soir écho à des chants traditionnels bretons. Pour avoir écrit une variation littéraire sur le Winterreise de Schubert, et pour avoir fait des recherches en vue d’une adaptation en court-métrage, j’avais déjà trouvé des liens entre Schubert et la Bretagne : Louis-Albert Bourgeault-Ducoudray, compositeur breton et un des premiers collecteurs de musiques bretonnes, est aussi l’auteur d’un livre sur Schubert. Les paysages bretons, les bourgs sombres en hiver, ils pourraient facilement abriter un  Doppelgänger ; sans parler du thème de l’errance, si cher à Schubert – la Bretagne n’est elle pas aussi une terre de départ ? C’est donc avec beaucoup de curiosité que je j’arrive à l’Opéra de Rennes ce soir. Il me semble qu’il va falloir une équipe extraordinaire pour que cette alchimie extraordinaire s’opère. Pari tenu : Frédérique Lory et Marthe Vassallo on fait un choix très judicieux dans les gwerzioù et sonioù, et les orchestrations de Frédérique Lory sont vraiment remarquables. En parfaite harmonie avec celles de Hans Zender sur le Winterreise, elles bâtissent ainsi un des nombreux ponts entre ces deux genres musicaux. Nulle trace de cross-over facile ici : les morceaux de Schubert sonnent résolument schubertien, et les complaintes bretonnes restent bien ancrées dans leur terre. Ariane Mathiak dirige les musiciens de l’Orchestre Symphonique de Bretagne avec fougue au cours de la première partie ; ensuite elle tient le suspens de l’orchestration filigrane de Hans Zender, attentive à ses maints détails. Marthe Vassalo, grande dame du chant breton, grande voix ample, souple, généreuse, incarne une à une les héroïnes des complaintes – femmes ou jeunes filles malheureuses en amour, délaissées par un amant, contraintes d’épouser un homme riche et point aimé… –  et on les plaint et on les comprend sans parler le moindre mot de breton. Le ténor Marcel Beekman assure la partie Schubertienne de la soirée. Avec une voix pure et claire, une diction parfaite, et un brin d’ironie, il interprète les lieder avec une sobriété presque glaçante, qui sied très bien à la partition de Zender. Des petits extraits des textes lus en français, tantôt par lui, tantôt par elle, reprenant souvent l’un la partie de l’autre, constituent un autre pont entre les mondes. Ainsi émerge, petit à petit, l’image d’un couple déchiré qui entame ce Voyage en Hiver, et pour la première fois, elle, la fille, la fiancée infidèle de Wilhelm Müller, a voix au chapitre. Ainsi émerge une œuvre nouvelle, originale, émouvante. Lorsque la dernière ligne du dernier lied, Der Leiermann, est dite, lorsque l’orchestre s’est presque tu, quelques cordes pianissimo ferment la marche, alors Marthe Vassalo reprend la dernière ligne de son dernier chant, et Marcel Beekman la rejoint avec une reprise du dernier vers du Leiermann – et tout est dit et la boucle est bouclée. Bravi tutti, et merci pour une soirée extraordinaire !

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