viernes, 19 de agosto de 2011

Interview avec Marianne Pousseur (chanteuse et actrice)

Foto: Marianne Poussuer, Ismene -copyright Michael Boermans.

RJ- Tout en étudiant le chant classique et la musique de chambre au Conservatoire de Liège, Marianne Pousseur a chanté dans les deux ensembles dirigés par Philippe Herreweghe, le Collegium Vocale et La Chapelle Royale. Elle se produit régulièrement avec des ensembles tels que le Schoenberg Ensemble de La Haye, (direction Reinbert de Leeuw), Remix de Porto, Die Reihe de Vienne, etc. ainsi qu'avec l'Ensemble Intercontemporain, notamment sous la direction de Pierre Boulez, dans un répertoire essentiellement tourné vers le XXe siècle, la création et le théâtre musical. Son expérience théâtrale lui permet d’être interprète récitante dans de grandes œuvres symphoniques comme Psyché de César Franck ainsi que "Peer Gynt" de Grieg en version concertante sous la direction de Kurt Masur avec l’Orchestre National de France et le London Philharmonic Orchestra. En collaboration avec Enrico Bagnoli, elle a monté plusieurs créations de théatre musical. C'est pour elle que Georges Aperghis compose en 2004 "Dark Side", créé à Athènes avec l'Ensemble Intercontemporain. C'est à la suite de cela, qu'ils décideront de travailler à nouveau ensemble sur "Ismène" poème de Yannis Ritsos, mué en opéra pour voix seule et créé en automne 2008. Elle est actuellement professeur de chant au Conservatoire Royal de Bruxelles, en Belgique.

Comment définiriez-vous Khroma, comment vous est venue l'idée de ce projet et quand avez vous commencé?

Khroma est une compagnie théâtrale formée de 2 personnes, Enrico Bagnoli et moi-même. Elle a été fondée voici dix ans environ, pour cristalliser une recherche que nous menions ensemble depuis plus de vingt ans. Cette recherche porte sur la relation entre musique et théâtre, image et temps, technologie et artisanat. Chez Khroma, les rôles sont extrêmement peu définis. Même si pour "Ismène, Enrico signe la mise en scène et j'en suis l'interprète, à chaque projet ces rôles et la hiérarchie que cela comporte, sont remise en question. Pour chaque projet, nous nous entourons de collaborateurs différents, liés au propos mêmes de ce projet. Pour Ismène, nous avons bénéficié en particulier de l'apport artistique très précieux de Guy Cassiers, Georges Aperghis (qui en signe la musique) et de Diederik de Cock, responsable du son dans sa conception et réalisation.

S'il vous plaît, pourriez vous nous parler de vous et du milieu artistique dont vous provenez?

J'ai toujours oscillé entre diverses disciplines artistiques. Je me destinais tout d'abord aux arts plastiques ou à l'architecture. J'ai ensuite complètement changé de direction en étudiant la musique au Conservatoire, mais en même temps, je chantais dans un ensemble de musique ancienne (le Collegium Vocale de Gand) qui a été probablement plus formateur que n'importe quelle école, et je commençais les expériences théâtrales avec ma soeur Isabelle. Mon père, Henri Pousseur, était compositeur, et j'ai baigné toute mon enfance dans un climat propice à la créativité etr à la relation avec les créateurs de notre temps. J'ai donc, dans ma vie de chanteuse, mis en avant la musique contemporaine. Aujourd'hui, j'essaie de mettre en relation toutes ces "vies" et de donner au rôle d'interprète une dimension créative et conceptuelle plus importante qu'elle n'a d'habitude.

De votre point de vue d'interprète principal dans l'opéra, qui est Ismène et que représente-t-elle pour vous? et qu'est ce qui rend pour vous cette pièce si unique?

Ismène est une figure "oubliée". dans la pièce de Sophocle, elle n'existe pratiquement que comme "faire valoir" d'Antigone. Cependant, on trouve chez ce personnage une pulsion vitale tout à fait unique. Elle refuse d'aider Antigone à enterrer leur frère, car elle sait que cet acte portera à une condamnation à mort. Or Ismène veut vivre, elle n'est pas une héroine, elle est une femme, sensible, qui désire profiter de ce que la vie peut lui apporter et voudrait avoir des enfants, et finalement, Polynice est mort, et on ne peut plus rien pour lui.

Elle incarne donc une espèce d'essence de féminité, et concentre en elle une série de questions: qu'est ce que l'héroisme? serais-je, moi, capable d'actes héroiques? Ou bien est-ce que je préfère me concentrer sur ma famille, élever mes enfants du mieux que je peux et leur enseigner les valeurs qui me semblent justes? Le binôme Antigone Ismène, résume ces questions. Par ailleurs, Ismène dégage une sensibilté unique, très touchante pour les petites choses, le jardin, les odeurs, la nature, la sensualité des jeux d'enfants. La position dans laquelle elle se met lui fait porter un regard très sévère et lucide sur les rapports de pouvoir, en analysant avec justesse et réfléchissant aux actes de son père Oedipe. Tout cela fait qu'elle reste seule, terriblement seule. C'est toute seule qu'on la trouve, 2500 ans plus tard, encore vivante, puisque aucun écriviain ne l'a jamais fait mourir.

Le texte de Ritsos donne magnifiquement la parole à ce personnage. Georges Aperghis a écrit pour moi une partition très persoinnalisée, il me connaissait bien, mes possibilités et mes limites. Nous avons pu aller très loin dans la relation entre parlé et chanté, ce qui permettait de donner au personnage de nombreuses facettes et d'être traversée par toutes les voix de ses souvenirs. Enrico Bagnoli a mis au point pour ce projet, une scénographie extrêmemnt essentielle, mais très riche de possibilités qui elle aussi, suit intimement les méandres de l'état mental d'Ismène.

Quelle est la contribution la plus importante de Guy Cassiers?

Guy Cassiers est un homme et un artiste d'une très grande expérience. Il nous a aidés à divers niveaux. D'abord, en nous poussant à suivre notre projet, à le mener à son terme de la façon la plus intègre possible. Ensuite dans le travail de lecture du texte et de sa dramaturgie. Enfin, il a été un directeur d'acteurs absolument remarquable.

Outre la stimulation des sens du spectateur, quelle idée, quelle pensée, quelle réflexion ou image voudriez-vous que le public garde dans son esprit quand il quitte la représentation?

Ce que nous voudrions, c'est justement que le spectateur ait eu l'impression d'entrer dans l'univers mental de notre personnage. qu'il ne puisse plus faire la distinction entre ce qu'il a vu, entendu, ressenti ou imaginé, mais que cela forme un tout sensoriel riche et proche de lui.

















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