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Wednesday, March 18, 2015

« Glück, das mir verblieb… » - Korngold’s « Tote Stadt » in Nantes France, intense and vibrating with emotion

Photo: Jef Rabillon

Suzanne Daumann

Die Tote Stadt by Erich Wolfgang Korngold (1897 – 1957) is one of these works that go far beyond musical entertainment. Between reflection and emotion, it is a close-up of mankind’s major themes, life and love and death. The opera was first performed in 1920, and it still speaks to us and haunts us deeply.  In the old town of Bruges, buried in its past, lives the widower Paul. Like the town, he is lost in the past, mourning his wife.  In his house, he has turned her room into a temple dedicated to memories, with her favourite things, her portrait and a strand of her hair. One day, he meets a beautiful young dancer, Marietta, who is full of life and bears an uncanny resemblance to the late Marie. Their relationship will drive him to jealousy, near madness, and finally teach him to let go of the past and come back to life. This 2010 production by Opéra National de Lorraine, most fortunately taken up by Angers Nantes Opéra in this Spring of 2015, gets right to the essentials. A team of harmonized genius keeps the perfect balance between emotion and reflection: Philipp Himmelreich’s staging shows starkly the essential solitude of the characters in their own worlds. Raimund Bauer accordingly has constructed a set for Acts I and III in Paul’s house that is as simple as it is effective. The stage consists of six rooms, exactly identical, three above the other three, with six times the same armchair, the same lamp. Each character is thus confined to their isolated space, and the dialogues and scenic actions, even the love scenes between Paul and Marietta, are played at a distance. According to the musical colour of the moment, the colour of the light on the scenes will change. Gérard Cleven thus creates a particular atmosphere, between dream and reality, which is perfectly in tune with the music. Marie’s portrait is a video projection close-up of the young woman’s face that plays Marietta. During the final scene of Act III, this projection will imperceptibly grow and efficiently underline the anguish of the action.  An equally excellent cast bring this universe to vibrating life.  Daniel Kirch sings the part of Paul. A lyrical tenor, and also suave and virile, he doesn’t do things by half. He plunges rearlessly into his character’s emotional abysses, translates his feelings without ever overplaying it, and manages his force through all the forte and fortissimo in order to have the energy for the poignant final, which is so moving it brings tears.  His partner, soprano Helena Juntunen as Marietta, is just as admirable. Beautiful and blonde, supple of voice and of body, she dances and gracefully submits to the acrobatic stage play. She incarnates with brio this distant cousin of Carmen, of Violetta Valéry. Just like them, she is beautiful and sexy, she loves love for the sack of love, without shame or prudishness; just like her forebears, she has to deal with death, albeit in a different manner. She must cope with the late wife of her lover, and with the way in which he is stuck in the past and has ceased to live himself. Through their relationship, she brings him back to life.  The second roles are just as remarkable: the mezzo-soprano Maria Riccarda Wesseling sings the part of the faithful servant Brigitta, and it’s a pity that she doesn’t have more to say.  Baritone Allen Boxer is a warm and convincing friend Frank, and John Chest sings Pierrot’s song with almost unbearable nostalgia. The absurd costume he wears, miles away from classic Pierrot, makes the effect even more powerful. The entire scene in front of Marietta’s house, Paul’s hallucination, resembles a lascivious danse macabre.  Thomas Rösner conducts the Orchestre National des Pays de la Loire with raw intensity. They maintain the suspense in this haunted score from the first to the very last note. A memorable evening, a strong experience, this Tote Stadt, that doesn’t leave us untouched, especially those who have had to cope with a loved one’s death. A haunting evening, which will stay with us for some time. Bravi tutti, thank you everyone for a grand opera evening! 

Tuesday, March 17, 2015

« Glück, das mir verblieb… » - La Ville Morte de Korngold à Nantes le 13 mars 2015, intense et vibrant d’émotion

Foto: Jef Rabillon

Suzanne Daumann

La Ville Morte d’Erich Wolfgang Korngold (1897 – 1957) est de ces œuvres qui vont bien au-delà du divertissement musical. Entre réflexion et émotion, cet opéra aborde les grands sujets de l’humanité, la vie, la mort, l’amour. Créé en 1920, il n’a rien perdu de son actualité. À Bruges, vieille ville figée dans le passé, vit Paul, le veuf, figé lui aussi dans le passé par le deuil de sa femme. Dans sa maison, il a transformé sa chambre en temple à sa mémoire : il y retrouve ses objets, son portrait, et une tresse de ses cheveux. Un jour, il rencontre Marietta, une jeune danseuse, belle et vivante, qui ressemble étrangement à la défunte Marie. Leur liaison va le conduire à la jalousie, aux confins de la folie, et finalement il apprendra à lâcher prise et retourner à la vie. Cette production de l’Opéra National de Lorraine, reprise fort heureusement par Angers Nantes Opéra en ce printemps 2015, va droit à l’essentiel. Une équipe congéniale maintient un équilibre parfait entre émotion et réflexion : La mise en scène de Philipp Himmelreich montre sans détours la solitude essentielle des personnages dans leur monde. Pour les actes I et III dans la maison de Paul, Raimund Bauer a construit une scénographie aussi simple qu’efficace. La scène montre six fois exactement la même pièce, trois au-dessus les trois autres, meublé six fois par le même fauteuil, la même lampe. Chacun des personnages évolue ainsi dans son espace isolé, les dialogues et actions scéniques sont mimés à distance, jusque dans les actes d’amour entre Paul et Marietta. Les lumières de Gérard Cleven baignent ces pièces de différentes couleurs, selon la couleur musicale du moment. Ainsi se crée  une ambiance particulière, oscillant entre rêve et réalité, qui sied parfaitement à cette œuvre. Le portrait de Marie est une projection vidéo du visage de la jeune femme qui incarne Marietta. Lors de la scène finale de l’acte III, cette projection va imperceptiblement s’agrandir, renforçant ainsi de manière habile et nullement superflue l’angoisse de l’action. La distribution est tout aussi excellente : Daniel Kirch chante la partie de Paul. Ténor lyrique, suave et viril à la fois, il ne s’épargne point. Il se lance sans peur dans les gouffres émotionnels de son personnage, traduit ses émotions sans jamais en faire trop, et sait ménager ses forces à travers maintes forte et fortissimo et garder l’énergie nécessaire pour le poignant final qui émeut aux larmes. Sa partenaire, la soprano Helena Juntunen dans le rôle de Marietta est tout aussi admirable. Belle, blonde, voix cristalline et souple, elle danse, elle se prête avec grâce aux acrobaties des jeux de scène.  Elle incarne avec brio cette lointaine cousine de Carmen et de Violette Valéry. Comme elles, elle est séduisante, elle aime l’amour sans fausse pudeur, comme elles, elle doit affronter la mort, bien que ce soit d’une autre manière. Elle a affaire à l’épouse morte de son amant, la façon dont celui-ci s’est figé dans le passé, qu’il a cessé de vivre lui-même, il est comme mort. Par leur liaison, elle le ramène donc à la vie. Remarquables aussi les seconds rôles : Maria Riccarda Wesseling, mezzo-soprano, chante la partie de la servante Brigitta, et c’est bien dommage qu’elle n’ait pas plus à dire ! Le baryton Allen Boxer dans le rôle de l’ami Frank est chaleureux et convaincant, et John Chest chante la chanson de Pierrot avec une nostalgie presque insoutenable. Cet effet est renforcé par le déguisement absurde qu’il porte, qui n’a rien à voir avec le Pierrot classique. Toute la scène devant la maison de Marietta, hallucinée par Paul, ressemble à une danse macabre lascive. Thomas Rösner dirige l’Orchestre National des Pays de la Loire avec une rare intensité. Ils tiennent le suspense dans cette partition hantée de la première à la dernière note. Une soirée mémorable, une expérience forte, cette Ville Morte, dont on ne sort pas indemne pour peu qu’on ait dû faire face un jour à la perte d’un être cher. Une soirée hantée qui ne nous lâchera pas de sitôt. Bravi tutti, merci pour un grand moment d’opéra !